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4 mois de prison avec sursis pour Cédric Herrou, l’homme qui veut juste aider les réfugiés

La justice française vient de condamner une nouvelle fois celui qui vient en aide à des centaines de migrants, dans la vallée alpine de la Roya.

Ce mardi 8 août, la cour d’appel d’Aix-en-Provence a condamné Cédric Herrou à 4 mois de prison avec sursis. Cet agriculteur de la vallée de la Roya a aidé des centaines de migrants à passer la frontière italienne, mais c’est pour en avoir pris quelques-uns en stop en 2016, de la ville italienne de Vintimille jusqu’en France, qu’il est aujourd’hui condamné une nouvelle fois. En février déjà, le tribunal correctionnel de Nice lui infligeait une amende de 3 000 euros d’amende avec sursis. Mais jugeant la peine trop légère, le parquet avait fait appel de cette décision, et la sentence s’en retrouve alourdie.

"C’est une peine d’avertissement, si vous êtes à nouveau condamné vous courez le risque que cette peine soit mise à exécution", a déclaré le président de la cour d’appel d’Aix-en-Provence à l’issue du procès. Pas de quoi intimider le fondateur de l’association Roya Citoyenne, dont une trentaine de militants étaient présents ce matin pour le soutenir. Cédric Herrou compte se pourvoir en cassation, sans mettre un terme à ses activités solidaires. À la sortie de l’audience, il a ainsi tenu à adresser un message à la justice française :

"J’ai l’impression de ne pas être du tout entendu par la justice. J’aimerais vraiment que la justice prenne enfin acte de ce qui se passe sur le terrain. Que la justice voit ces gamins isolés et seuls sur mon exploitation agricole sous des tentes. Je voudrais que la justice prenne en compte les demandes de ces demandeurs d’asile. La justice bafoue les droits des migrants. Je ne regrette rien de ce que j’ai fait, car il y a vraiment une dérive de l’État français et de la justice."

Or la sentence aurait pu être bien plus lourde. Le 19 juin, l’avocat général avec requis huit mois de prison avec sursis. Selon ses dires, la peine était "non proportionnée à l’aide apportée à plus de 200 personnes, incohérente et de nature à encourager la récidive". En France, plus on est solidaire, plus on est puni, c’est normal. La cour l’a également condamné à verser 1 000 euros de dommages et intérêts à la SNCF pour avoir logé des dizaines de personnes dans un bâtiment désaffecté depuis des années.

"Je continuerai à me battre"

Mais pour l’agriculteur, son action n’est pas militante. Elle vient combler un vide laissé par l’État français. "C’est le rôle d’un citoyen d’agir lorsqu’il y a défaillance de l’État", a-t-il ainsi déclaré juste avant l’audience. Cédric Herrou affirme ainsi que l’État s’est mis hors-la-loi en refusant à certains migrants la procédure de demande d’asile, pourtant ancrée dans le droit international. Selon lui, 90 % des personnes qu’il héberge sont des demandeurs d’asile qui fuient la guerre : "Pour un agriculteur, devoir accueillir 200 personnes qui demandent de l’aide, c’est compliqué."

Selon Cédric Herrou, le fait de fermer les frontières françaises à des mineurs est tout aussi illégal. C’est pour cela qu’il annonce qu’il continuera son combat, même si cela doit l’envoyer derrière les barreaux :

"J’invite le parquet à venir dans la vallée de la Roya entendre les familles des 15 personnes mortes en tentant de franchir la frontière. J’attends avec impatience les 30 prochaines décennies et on verra qui se retrouvera devant les tribunaux. Je continuerai à me battre. Ils n’ont qu’à me mettre directement en prison, ce sera plus simple"

Sur BFM, Cédric Herrou a appelé à un "sursaut national […] pour que la France reste noble, reste belle, reste digne […] Nous défendons la vie, nous défendons des gens". Il y a quelques mois, le Guardian lui avait consacré un beau documentaire, que nous vous invitons à découvrir.