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À Washington, la sécurité du président Erdogan tabasse des manifestants

Alors que Recep Tayyip Erdogan était en visite officielle à Washington, quelques dizaines de manifestants protestaient contre l’autoritarisme du président turc. Des heurts ont éclaté entre partisans et opposants du dirigeant turc, dont les gardes du corps ont même lancé la charge, sous l’œil des caméras.

Âmes sensibles s’abstenir… Alors que le président turc Recep Tayyip Erdogan était en visite mardi 17 mai à Washington pour rencontrer Donald Trump, ses partisans ont violemment attaqué un groupe de militants kurdes et d’opposants au régime qui manifestaient pacifiquement devant l’ambassade de Turquie, notamment pour protester contre la "démocrature" mise en place dans leur pays. La situation a rapidement dégénéré, la police de la ville évoquant même une "attaque brutale sur des manifestants pacifiques" : au moins onze personnes ont été blessées, dont un policier, et neuf ont dû être transportées à l’hôpital. Deux des assaillants ont été arrêtés.

Parmi les manifestants, une majorité de personnes brandissant le drapeau des milices kurdes syriennes du PYD, considérée par la Turquie comme une émanation du PKK, groupe militaire kurde en Turquie, comme nous le rappelle France Info. La question kurde était justement au programme des discussions entre Donald Trump et Recep Erdogan, qui avait ouvertement critiqué en février dernier les États-Unis pour le soutien financier et matériel apporté aux milices kurdes luttant contre l’organisation État islamique en Syrie et en Irak. Loin des mots feutrés de la diplomatie, les gardes du corps du président turc se sont joints aux pro-Erdogan et ont décidé de charger les manifestants.

Manque de bol pour eux, la scène s’est déroulée en pleine journée, et les vidéos prises sur place ont rapidement fait le tour des réseaux sociaux. On y voit très clairement des membres de l’équipe de sécurité du président Erdogan, vêtus de costards et portant des badges, s’en prendre violemment aux manifestants. "Quelqu’un n’arrêtait pas de me frapper au visage, explique l’une des victimes au Guardian, racontant avoir été attaquée par un partisan d’Erdogan. "J’ai pensé : OK, je suis au sol, donc le but c’est de me passer à tabac ?", a-t-elle poursuivi. Une jeune femme de 26 ans affirme, photo à l’appui, qu’un des gardes du corps l’a étranglée en lui glissant dans l’oreille "t’es morte".

La police, impuissante devant cette baston générale, a tenté tant bien que mal d’éclaircir la mêlée à coups de matraque. Si le boss de la police de Washington reste évasif sur le rôle joué par les membres du service de sécurité d’Erdogan, le Département d’État américain (l’équivalent de notre ministère des Affaires étrangères) est nettement moins dubitatif et affirme sans détour que les gardes du corps du président turc ont bien participé à l’attaque, voire l’auraient déclenchée.

Voir les gardes du corps d’un président étranger attaquer des citoyens en train de manifester pacifiquement, voilà qui ne passe pas aux États-Unis, où l’affaire a rapidement pris une tournure dramatique. Le Département d’État a parlé d’atteintes au Premier amendement (celui qui protège la liberté d’expression et le droit à "se rassembler pacifiquement") et prévenu la Turquie que les actes de ses ressortissants ne resteraient pas impunis. "Nous exprimons notre préoccupation de la plus forte des manières à la Turquie", a ainsi déclaré un porte-parole de l’institution. Mais M. Erdogan étant depuis rentré au pays avec toute son équipe, les chances de poursuites judiciaires sont plus que minces.

Les réactions n’ont pas non plus manqué de pleuvoir à travers la classe politique américaine, à l’image de celle de John McCain, baron de la majorité républicaine au Congrès. "Nous sommes aux États-Unis, et ici, on ne fait pas ce genre de choses, a-t-il ainsi vitupéré sur Twitter, rien ne saurait excuser une telle attitude de voyous." Du côté de la Maison-Blanche : silence radio. Sean Spicer, porte-parole de la présidence, s’est contenté de renvoyer les journalistes aux déclarations du Département d’État, sans faire plus de commentaires.

Il faut dire que ça la fout mal. Super mal, même. La réunion entre Recep Erdogan et Donald Trump était censée entériner la bonne santé des relations diplomatiques des deux pays, pas mettre leurs ressortissants violemment face à face sous l’œil des caméras. Lors de l’entrevue entre les deux dirigeants, Donald Trump s’était contenté d’insister sur le rôle clé de la Turquie dans le combat contre le terrorisme, sans évoquer une seule seconde le tournant autoritaire pris par Recep Erdogan ces dernières années. Il faut dire que le président des États-Unis a été l’un des premiers à applaudir bruyamment la victoire du "oui" au référendum turc grâce auquel, en avril dernier, M. Erdogan s’est arrogé des pouvoirs quasi dictatoriaux. Journalistes emprisonnés, purges dans les services publics, intimidation d’opposants et mise au pas du parlement : telle est devenue la triste réalité politique de la société turque.