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Amnesty dénonce l’inaction de l’Europe face aux morts de migrants en Méditerranée

Ces six derniers mois, 2 072 migrants ont péri en Méditerranée en tentant de rejoindre l’Europe.

©Irish Defence Forces/Flickr/C

(© Irish Defence Forces/Flickr/CC)

Ce jeudi 6 juillet, la question des migrants est au cœur de l’actualité. Les ministres de l’Intérieur européens se réunissent cet après-midi à Tallinn, en Estonie, à la suite d’un appel à l’aide lancé par l’Italie. Paolo Gentiloni, le Président du conseil italien, a appelé l’Union européenne à apporter une "contribution concrète" pour aider l’Italie à sauver les migrants qui périssent au large de ses côtes. C’est pour cela que les 28 ministres concernées étudieront aujourd’hui un "plan d’action" d’urgence.

Ce même jour, Amnesty International a publié un rapport, intitulé "A perfect storm : The failure of European policies in the Central Mediterranean", qui dénonce l’inaction de l’Union européenne face à l’arrivée de migrants sur des bateaux de fortune sur ses côtes. Depuis le début de l’année 2017, 2 072 personnes, sur les 75 000 qui ont tenté la traversée de la Méditerranée, ont péri en mer. Le taux de décès de ces migrants a triplé depuis 2015, s’établissant à 2,7 % au cours des six derniers mois.

"Au lieu d’agir pour sauver des vies et offrir une protection, les ministres européens qui se réunissent ce jeudi accordent sans aucun état d’âme la priorité aux accords dangereux avec la Lybie, dans une tentative désespérée d’empêcher les réfugiés et les migrants d’atteindre les frontières de l’UE", déplore John Dalhuisen, directeur de la branche européenne d’Amnesty.

En avril 2015, l’Union européenne avait pris des mesures pour améliorer les dispositifs de secours en mer sur les côtes italiennes et maltaises, ce qui avait permis de faire chuter le nombre de décès en mer, remarque le rapport. "Pourtant, cette priorité fut de courte durée", déplore-t-il. L’organisation internationale accuse l’Europe d’aider la Libye à traquer les réseaux de passeurs, laissant les migrants livrés à eux-mêmes sur les côtes africaines.

Des traversées de plus en plus périlleuses

De plus, les passeurs utilisent désormais des bateaux de plus en plus dangereux ainsi que des gilets de sauvetages inefficaces en cas de noyade, et ne prévoient aucun dispositif de sécurité à bord des navires de fortune. Face à ce fléau, l’Union européenne n’envoie pas de secours en Méditerranée, dénonce Amnesty. "Au lieu de cela, elle se concentre sur le renforcement des capacités des garde-côtes libyens afin d’empêcher les départs et de procéder à des interceptions", accuse le rapport.

Pire encore, Amnesty a constaté sur le terrain que les interceptions menées par les garde-côtes libyens mettaient "bien souvent en péril les réfugiés et les migrants", à cause de leurs techniques d’intervention qui "ne respectent pas les protocoles élémentaires de sécurité et peuvent engendrer des mouvements de panique et des chavirements catastrophiques". Amnesty dénonce même des cas de maltraitance des migrants par les gardes-côtes.

"Nous étions 170 à bord d’un canot pneumatique. Nous avons été conduits en prison et ils nous ont demandé de l’argent. Ils nous ont dit : 'Si vous payez, personne ne vous stoppera cette fois-ci, parce que les garde-côtes, c’est nous…' Les prisons libyennes, c’est l’enfer", raconte un Bangladais à Amnesty. "L’UE doit repenser sa coopération avec les garde-côtes libyens, dont le fonctionnement pose problème, et déployer des navires supplémentaires, là où le besoin est le plus urgent", a déclaré John Dalhuisen, qui prévient : "Si le deuxième semestre 2017 est à l’image du premier et qu’aucune disposition d’urgence n’est prise, 2017 est en passe de devenir l’année la plus meurtrière pour la route migratoire la plus meurtrière du monde. "