Des Berlinois en ont marre des serveurs qui ne parlent pas allemand

Un débat monte en Allemagne devant ce que certains voient comme une atteinte à leur identité et leur cohésion nationales.

Dans le quartier de Nikolaikirch, à Berlin. (© Jorge Royan/Wikimedia/CC)

Coup de gueule. Jens Spahn, secrétaire d’État au ministère des Finances allemand, en a ras le bol qu’on ne lui parle pas dans sa langue maternelle quand il commande au restaurant : "Ça me fout hors de moi que tous les serveurs de Berlin parlent seulement anglais", assène-t-il sans détour au journal Neue Osnabrücker Zeitung. Un avis que partageraient bon nombre de Berlinois.

La polémique enfle ainsi en Allemagne, et plus particulièrement dans la capitale, où il est fréquent de tomber sur des bars ou restos dont les menus sont exclusivement affichés en anglais, et dont les serveurs parlent aussi bien allemand qu’un collégien qui a pris cette LV2 pour faire plaisir à papa.

Avec son économie florissante et sa réputation de ville où il fait bon vivre, Berlin attire des centaines de milliers d’étrangers, qui viennent s’y expatrier pour plus ou moins longtemps. Le secteur de la restauration est un débouché vers lequel ils s’orientent en masse, particulièrement dans les quartiers stylés comme Mitte ou Prenzlauer Berg. Cependant, ils sont nombreux à ne pas parler un mot de la langue de Goethe.

Ostracisme linguistique ?

Comme le rappelle The Independent, les Allemands sont globalement assez à l’aise en anglais, une langue qu’on leur apprend souvent dès la maternelle : pas de problème donc a priori pour commander leurs pintes. Sauf que ce n’est pas le cas de tout le monde. "Personne ne devrait être ostracisé de Berlin juste parce qu’il ne parle pas très bien anglais", enfonce Jens Spahn. Et de nous faire une petite dédicace à nous, Français, apparemment très conservateurs lorsqu’on touche à notre idiome : "Vous ne trouveriez jamais ce genre d’aberration à Paris."

Passé les considérations pratiques, le débat prend en fait la forme d’une réflexion sur la place de la langue dans l’identité nationale. Sur ce point, Jens Spahn, placé à la droite de la CDU (l’Union chrétienne-démocrate d’Allemagne) de la chancelière Angela Merkel, adopte un point de vue plutôt conservateur : "La coexistence ne peut exister en Allemagne que si nous parlons tous allemand. Nous sommes en droit d’attendre la même chose de la part de tous les immigrants."

Il est d’ailleurs imposé à tous les demandeurs d’asile de prendre des cours d’allemand, sous peine de perdre leurs droits de réfugiés – toutefois, cette mesure ne s’applique pas aux simples expatriés. De quoi filer de l’urticaire à de nombreux représentants politiques. Début août, trois parlementaires influents adressaient une lettre ouverte à Angela Merkel, affirmant que "l’allemand doit être utilisé de manière plus approfondie dans le pays".

Dans le pays mais aussi en dehors, car la question de la force de la langue allemande dépasse les frontières. Avec le Brexit, beaucoup de voix s’élèvent pour abandonner l’anglais comme langue de travail à Bruxelles. Cette réforme ne serait pas seulement cosmétique, la Commission européenne y réfléchissant. Elle laisse une fenêtre de tir à d’autres langues européennes, comme le français ou l’allemand.