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Présidentielle : le fonctionnement du grand débat télévisé

Lundi 20 mars sera diffusé sur TF1 et LCI le premier débat avant l'élection présidentielle française. François Fillon, Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Emmanuel Macron auront deux heures et demie pour exposer leur programme face à Gilles Bouleau et Anne-Claire Coudray.

Les cinq "principaux" candidats à la présidentielle confronteront leurs idées ce lundi 20 mars dans un premier débat diffusé ce lundi 20 mars à 20 h 50 sur TF1 et LCI. Voici comment va se dérouler ce moment de télévision animé par les journalistes Gilles Bouleau et Anne-Claire Coudray.

Trois grandes thématiques, deux minutes pour répondre

L'échange de vues devrait durer en tout et pour tout deux heures et demie. Diffusé simultanément sur TF1 et LCI, le débat aura lieu aux studios de la Plaine-Saint-Denis, près de Paris. La discussion sera menée par deux journalistes et les cinq candidats conviés seront entourés d'un public de 420 personnes, dont 36 soutiens pour chacun, le reste du public étant constitué de salariés de la chaîne. Concernant l'ambiance, la couleur du plateau ne devant pas évoquer trop tel ou tel parti politique, la chaîne a opté pour des couleurs sobres, comme le beige et le gris.

En outre, afin de faciliter l'échange et la confrontation, la disposition structurelle qui a été retenue est celle du cercle, à l'intérieur duquel se trouveront également Anne-Claire Coudray et Gilles Bouleau. Contacté par Marianne, le chef adjoint du service politique de TF1, Philippe Morand, explique :

"Nous avons opté pour un décor qui soulignera le côté agora.  Nous avons voulu nous différencier des débats des primaires, qui ressemblaient plutôt à un face-à-face entre candidats et journalistes. Cette fois, les candidats se regarderont, ce qui favorisera au maximum l’interpellation et le débat."

Au départ, chaque candidat devra répondre à une question d'introduction typique de l'exercice : "Quel(le) président(e) voulez-vous être ?" Chacun aura une minute trente pour convaincre et disposera du même temps lors d'une conclusion à la fin de l'émission. Pour déterminer l'ordre de passage, un tirage au sort a été effectué sous contrôle d'huissier. François Fillon parlera en premier, et pour la phase d'introduction et pour celle de conclusion, Benoît Hamon clôturera la première et Emmanuel Macron la seconde.

Le débat sera organisé en trois grandes thématiques avec une durée prévue d'une cinquantaine de minutes pour chacune.

  • "Quel modèle de société ?" : les candidats devront s'exprimer sur des thèmes tels que la sécurité, l'immigration, l'identité, la société, l'écologie et les institutions.
  • "Quel modèle économique ?" : travail, protection sociale, fiscalité et commerce international feront l'objet de la deuxième partie de ce débat.
  • "Quelle place pour la France dans le monde ?" : enfin, géopolitique, Europe, terrorisme et frontières clôtureront cette troisième partie

Si l'on fait un calcul bête et méchant, à raison de cinq candidats et de cinquante minutes par thématique, cela veut dire par exemple que chacun aura en tout et pour tout dix minutes pour s'exprimer au sujet de thèmes aussi vastes et majeurs que la sécurité, l'immigration, l'identité, la société, l'écologie et les institutions. Rien que ça ! Selon la chaîne, ils auront deux minutes top chrono pour s'exprimer à chaque fois et les concurrents pourront interpeller celui qui a la parole durant les trente dernières secondes de son intervention.

Quid des six autres candidats ?

On comprend donc la difficulté qu'il y a à un organiser un débat avec trop de candidats. Il est vrai que ce format est problématique, le fait d'avoir trop d'intervenants ne permettant pas d'exposer une idée dans sa globalité, de présenter des programmes en profondeur ou de débattre de sujets de manière très développée. Déjà à cinq, cela semble très compliqué.

Néanmoins, on ne peut ignorer les problèmes éthiques sous-jacents que pose un tel format : comment parler de débat d'idées quand certaines mouvances sont mises de côté et les projets présélectionnés par une chaîne de télé ? Et cela parce qu'elles semblent moins convaincre. Mais si on ne leur laisse pas la possibilité d'être exposées, c'est de facto tout de suite plus compliqué pour leur porte-parole de grimper dans les intentions de vote qui lui sont créditées. Sans oublier les indécis, les déçus, les blasés en quête de nouveauté, qu'on prive de la possibilité d'accéder à des propositions auxquelles ils seraient susceptibles d'adhérer, en les cantonnant dans un système traditionnel antagoniste droite/gauche/extrêmes. Système auquel on peut parfaitement agréer, si l'on a eu accès aux alternatives au préalable, afin que le choix ne soit pas biaisé.

Ainsi, ce lundi, seuls sont invités  ceux qui recueillent plus de 10 % des intentions de vote dans les sondages : François Fillon (Les Républicains), Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise), Marine Le Pen (Front national), Benoît Hamon (Parti socialiste) et Emmanuel Macron (En Marche !). Etant donné les surprises qu'ont réservé les sondages ces derniers temps et le nombre de personnes qui n'ont toujours pas décidé pour qui voter, ce critère semble quelque peu obsolète.

Sont exclus tout de go Philippe Poutou (Nouveau Parti anticapitaliste), Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière), Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), François Asselineau (Union populaire républicaine), Jean Lassalle (sans étiquette, du mouvement Résistons !) et Jacques Cheminade (Solidarité et progrès).

Nicolas Dupont-Aignan du parti Debout la France, évincé du débat, s'est indigné, parlant de "déni de démocratie". Samedi 18 mars, il a ainsi quitté le plateau du 20 Heures de TF1, dénonçant le choix de la chaîne :

 "Au nom des millions de Français qui ne supportent plus cette loi du plus fort, cette confiscation de la démocratie, j'ai le devoir de quitter votre plateau et je donne deux jours à la chaîne TF1 pour inviter tous les candidats."

La vidéo qui le montre quittant le plateau comptabilise à l'heure actuelle plus de 11 millions de vues. Sa page Facebook a enregistré une hausse de 2 431 % de mentions "j'aime", selon BFM TV.

Le lendemain, le groupe TF1 s'est fendu d'un communiqué en réponse au candidat de Debout la France, précisant qu'il respectait le principe d'équité, en vigueur à cette période du calendrier électoral, ce qui est, il faut le reconnaître, tout à fait vrai. Ils ont également rappelé que le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) ainsi que le Conseil d'État avaient tous deux "débouté Nicolas Dupont-Aignan de ses demandes, en rappelant que l'organisation d'un débat avec cinq candidats relevait de la liberté éditoriale de TF1 et ne remettait pas en cause les règles du pluralisme dans la mesure où le principe d'équité était respecté par ailleurs"  :

Deux autres débats sont prévus avant le premier tour du scrutin (l'un sur BFM TV et CNews le 4 avril, et l'autre sur France 2 le 20 avril), qui, eux, regrouperont la totalité des onze candidats à l'élection présidentielle.

À voir -> Vidéo : on a posé six questions à Sylvie Pierre-Brossolette, membre du CSA