Décevante et sans leadership, la COP23 s’est mollement clôturée à Bonn ce week-end

La vingt-troisième conférence des parties sur le changement climatique s’est clôturée samedi 18 novembre à Bonn, en Allemagne. Avec quelles conclusions ?

(© Greenpeace)

Que retenir de la COP23 qui s’est tenue à Bonn en Allemagne du 6 au 17 novembre et s’est achevée avec un jour de retard, ce samedi 18 novembre ? Sur fond d’urgence climatique et après une année particulièrement violente en termes d’ouragans, d’inondations ou d’incendies, près de 200 pays se sont rassemblés deux semaines durant pour définir un cap et maintenir le réchauffement climatique en deçà du seuil de +2 degrés d’ici la fin du siècle.

Ce, alors que de nombreux rapports pointent du doigt le manque d’ambition des États et la gravité de la situation, voici les principaux enseignements de cette COP qui s’est déroulée cette année sous la présidence fidjienne.

  • Pas (trop) de blocage des États-Unis

Ouf, on peut s’octroyer le plaisir d’un petit soupir de soulagement. Washington n’a pas parasité les débats avec les relents climatosceptiques de l’administration Trump. Bien que le pays ait annoncé qu’il quittait l’Accord de Paris le 1er juin dernier (un mécanisme qui prend du temps), le deuxième plus gros émetteur de CO2 mondial après la Chine n’a pas fait obstruction aux négociations.

Néanmoins, le pays ne versera pas le Fonds vert de l’ONU promis par Barack Obama de 2 milliards de dollars (1,7 milliard d’euros).

  • Une alliance pour la sortie du charbon

La principale avancée concrète à retenir pour cette COP23 est la création d’une "Alliance pour la sortie du charbon" à l’initiative du Royaume-Uni et du Canada. Elle regroupe l’Angola, la Belgique, la Finlande, la France, l’Italie, les îles Marshall, le Portugal, le Salvador, mais aussi plusieurs États américains et provinces canadiennes. Tous se sont engagés à éliminer progressivement leurs centrales au charbon avec des échéances différentes selon les pays, mais qui s’échelonnent entre 2021 et 2030.

Sauf que la plus grande part de la production et de la consommation de charbon mondiale est concentrée en Chine, en Inde et en Asie du Sud-Est (qui ne font pas partie de cette alliance). Ce qui limite donc la portée de cette annonce.

  • Un programme de travail sur l’agriculture et la sécurité alimentaire

Un programme de travail sur l’agriculture et la sécurité alimentaire a fait son apparition sur la table des négociations climatiques, nous apprend par ailleurs Le Monde qui s’est rendu à Bonn. Il était réclamé depuis six ans par les ONG qui souhaitent réduire les émissions de l’agriculture industrielle (l’industrie la plus polluante du monde devant les transports) et opérer une transition vers l’agroécologie.

Ce, alors que l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) rappelle en parallèle que le dérèglement climatique est la principale cause de la faim dans le monde.

  • Un dialogue pour dresser un bilan des émissions globales de CO2

Les représentants se sont en outre mis d’accord sur la tenue d’une année de "dialogue", afin de pouvoir dresser, fin 2018, un bilan collectif de leurs émissions de gaz à effet de serre note France Info. Un bilan collectif et vecteur de solutions pour s’encourager mutuellement et aider les pays à atteindre leurs engagements (qui sont pour l’instant insuffisants).

On rétorquera que le dialogue c’est bien, mais qu’en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, les actions concrètes, c’est mieux…

  • Lenteur du processus et manque d’engagement des pays riches

"Les pays développés sont arrivés les mains vides", a déploré Armelle Le Comte, membre de la délégation de l’ONG Oxfam, citée par le site Reporterre.

"Alors que l’année 2017 a été marquée par des événements climatiques exceptionnels, il n’y a pas eu d’avancées concrètes pour aider les populations les plus vulnérables à faire face aux impacts du changement climatique."

Ce alors que l’Accord de Paris prévoit une aide annuelle de 100 milliards de dollars pour les pays du Sud à partir de 2020. Dans ce cas de figure, comment demander aux pays pauvres de faire des efforts si les pays riches ne tiennent pas leurs engagements… Seule l’Allemagne s’est engagée à verser 100 millions d’euros d’aide dans deux fonds de soutien et d’adaptation aux pays défavorisés.

  • Une COP23 "décevante" et "sans leadership"

Une alliance sur la sortie du charbon dont les principaux émetteurs de l’industrie charbonnière ne font pas partie et la naissance d’un programme de travail réclamé depuis des années… La COP23 aura montré une fois de plus la lenteur de ce type de processus diplomatique.

Ce qui a conduit les observateurs à qualifier cette nouvelle COP de décevante. Elle a été caractérisée par une absence de leadership. À l’instar de l’eurodéputé Yannick Jadot qui exprime dans le tweet ci-dessous sa déception vis-à-vis des "États qui traînent et ne prennent par leurs responsabilités, tandis que les collectivités, la société et les entreprises avancent".

Prochaine étape : la COP24 de Katowice, en Pologne en 2018.