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La station de métro La Chapelle. ©Katchoo/Flickr/CC

Des femmes dénoncent le harcèlement de rue qu’elles subissent dans le quartier de La Chapelle

Des femmes habitant le quartier Chapelle-Pajol, à la limite entre les XVIIIe et Xe arrondissements de Paris, affirment ne plus pouvoir se mouvoir librement au quotidien.

La station de métro La Chapelle. ©Katchoo/Flickr/CC

La station de métro La Chapelle, désertée par les femmes du quartier. (© Katchoo/Flickr/CC)

Le quartier Chapelle-Pajol est devenu un lieu exclusivement masculin. Les femmes y seraient en effet malmenées, insultées, harcelées, comme le racontait Cécile Beaulieu sur le site du Parisien ce jeudi 18 mai. En un an, le quartier a complètement changé : "des groupes de dizaines d’hommes seuls, vendeurs à la sauvette, dealeurs, migrants et passeurs, tiennent les rues, harcelant les femmes", détaille la journaliste. Celles-ci préfèrent donc déserter les cafés, les restaurants, la station de métro La Chapelle, et même les trottoirs du quartier, par peur de se faire harceler.

"Un traitement insupportable"

Des femmes du quartier ont décrit des injures incessantes et des agressions en tout genre. "Nous avons toutes droit à un traitement insupportable", confie Nathalie, 50 ans, à la journaliste du Parisien. Pourtant, elle habite depuis plus de trente ans dans le quartier et décrit un climat "inédit" depuis ces derniers mois. "L’ambiance est angoissante, au point de devoir modifier notre itinéraire, notre tenue vestimentaire. Certaines ont même renoncé à sortir de chez elles", explique-t-elle en citant l’exemple d’une vieille dame de 80 ans, agressée sexuellement en rentrant chez elle, qui vit désormais cloîtrée dans son appartement.

Aurélie, 38 ans, vit depuis quinze ans rue Perdonnet, dans le Xe arrondissement. Elle décrit un quartier exclusivement masculin, où les femmes n’ont plus leur place : "Le simple fait de circuler est devenu problématique. […] Il y a quelques jours, le simple fait de me mettre à ma fenêtre a déclenché un flot d’injures, et j’ai dû m’enfermer dans mon appartement." Pourtant, "il y a quelque temps encore, j’empruntais le boulevard de La Chapelle depuis Stalingrad, même tard le soir", se rappelle-t-elle. Une chose qu’elle juge "impensable aujourd’hui".

De son côté, Laure ne se rend plus sur la place de la Chapelle, depuis qu’elle s’est retrouvée au milieu d’une bagarre. "Affolée, je me suis mise à crier, et deux d’entre eux ont sorti des couteaux pour me menacer", raconte-t-elle. "J’ai cru que ma dernière heure était arrivée", ajoute la mère de famille, racontant à la journaliste que sa fille de 12 ans ne va même plus à l’école.

Une marche exploratrice et une pétition

Alors, que faire pour lutter contre ce harcèlement permanent ? Porter plainte ? Ça ne servirait à rien, elles le savent. Les plaintes pour harcèlement de rue restent au fond des tiroirs de la gendarmerie. Sur les conseils de Nadine Mezence, chargée de l’égalité hommes-femmes à la mairie (PS) du XVIIIe arrondissement parisien, les femmes du quartier vont organiser une grande marche exploratrice. L’idée est de parcourir tous les lieux où elles ne sont plus les bienvenues, et de rendre compte dans un rapport distribué aux pouvoirs publics de ce qu’elles subissent au quotidien.

Pour se faire entendre, elles ont en outre lancé une pétition intitulée "La Chapelle & Pajol : Les femmes, espèce en voie de disparition au cœur de Paris". "Désormais, notre quartier est abandonné aux seuls hommes : plus une femme dans les cafés. Pas un enfant dans le square Louise-de-Marillac. Certaines d’entre nous se terrent chez elles", y écrivent-elles. Elles demandent à la préfecture de police et au procureur de la République de "faire enfin respecter lois et règlements dans les endroits où se fixent les trafiquants, de diligenter des enquêtes sur les filières et de renforcer le nombre de moyens policiers affectés au secteur".

La question du harcèlement de rue sera discutée lundi prochain lors du conseil d’arrondissement dirigé par Pierre Liscia, conseiller LR. Au cabinet de la mairie, on explique au Parisien reconnaître la situation difficile que vivent ces femmes, estimant que "la réponse publique est essentiellement policière". Pourtant, le dispositif "Barbès respire" lancé au mois de janvier par le préfet de police a donné lieu à près de 110 opérations, 19 000 évictions de vendeurs à la sauvette et 884 arrestations. Mais les habitantes ne voient aucun changement et espèrent des mesures efficaces pour lutter contre ce fléau.