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Deux mois de prison avec sursis pour avoir aidé trois jeunes migrantes érythréennes

Enseignant et chercheur au CNRS, Pierre-Alain Mannoni s’est rendu coupable d’avoir "facilité la circulation et le séjour" de migrantes. Il compte se pourvoir en cassation.

(© YouTube/©Azur TV)

Il semblerait que le délit de solidarité ait encore de beaux jours devant lui en France. Un mois après la condamnation de l’agriculteur Cédric Herrou pour aide aux migrants, c’est au tour de Pierre-Alain Mannoni de subir les foudres de la justice française. Son crime ? Avoir tenté d’aider trois jeunes érythréennes, dont une mineure, à parcourir quelques dizaines de kilomètres à bord de son véhicule pour les confier aux soins d’associations spécialisées. Une opération qui avait tourné court lors d’un contrôle de police, sur un péage autoroutier, le 18 octobre 2016.

En janvier, le tribunal de Nice avait décidé de le relaxer, avant que le procureur ne décide de faire appel de cette décision. Finalement, la cour d’appel d’Aix l’a aujourd’hui reconnu coupable d’avoir "facilité la circulation et le séjour" de ces migrantes et décidé de lui infliger une peine de deux mois de prison avec sursis.

"Je suis tombé de très haut. Je ne comprends pas ce drôle de signal que la justice donne à ses citoyens, a réagi l’intéressé auprès de 20Minutes, l’assistance à une personne en danger est une question de dignité, d’humanité et de fraternité. Ces grands principes permettent de vivre ensemble".

Pas de regrets

Maigre consolation, la peine a été légèrement revue à la baisse. Le procureur général avait requis 3 mois de prison avec sursis contre cet enseignant et chercheur au CNRS, alors que le premier procès laissait planer sur Pierre-Alain Manonni la menace d’une peine de 5 ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amendes au maximum. Mais son avocate, Me Maéva Binimelis, a malgré tout déclaré être "atterrée et dans l’incompréhension totale" : "dès le moment où une personne est en danger dans des conditions extrêmes, comme c’était le cas pour mon client, il y a une obligation naturelle de porter secours".

Un secours qui ne vient pas souvent de l’État français, comme l’a montré la récente condamnation de la préfecture des Alpes-Maritimes par le tribunal administratif pour atteinte au droit d’asile. Et pour combler ce vide, c’est bien aux associations de prendre le relais. La vallée de la Roya, devenue célèbre au cours des derniers mois pour l’aide apportée par ses habitants aux migrants venus d’Italie, en regorge. C’est d’ailleurs là-bas, à Saint-Dalmas de Tende, que Pierre-Alain Mannoni est allé porter secours aux trois jeunes Érythréennes pour les ramener à son domicile niçois, dans l’espoir de les confier à des associations compétentes.

Suite à son jugement, l’enseignant et chercheur au CNRS a fait savoir qu’il comptait se pourvoir en cassation, dernier recours judiciaire possible en France. Il n’a pas indiqué s’il comptait ou non poursuivre ses activités solidaires en faveur des migrants, mais n’a pas non plus exprimé de regrets sur ses actions aujourd’hui condamnées : "J’ai secouru des personnes blessées, en détresse, c’est ce qu’il faut faire."