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Dix militants, dont la directrice d’Amnesty en Turquie, ont été incarcérés par le régime d'Erdogan

En attente d’un procès qui pourrait leur coûter dix ans de prison, ils sont accusés de collusion avec les opposants.

"Appartenance à une organisation terroriste armée" : c’est avec cet argument fourre-tout que le gouvernement turc justifie l’emprisonnement arbitraire de dix militants libéraux, dont la plupart sont issus des rangs d’Amnesty International. Parmi eux, la directrice de l’ONG, Idil Eser, a été placée en détention provisoire après douze jours de garde à vue, et attend son procès. "Six d’entre eux ont été placés en détention et quatre autres relâchés sous contrôle judiciaire", explique à l’AFP Andrew Gardner, chercheur spécialiste de la Turquie à Amnesty. "Ils sont accusés de commettre un crime au nom d’une organisation terroriste, sans en faire partie" et risquent dix ans de prison.

Lors de leur arrestation dans un hôtel sur l’île de Büyükada, les militants participaient à un atelier de formation sur la sécurité informatique. Il n’en fallait pas plus au gouvernement turc pour les accuser de chercher à mettre au point des systèmes de messagerie cryptée avec les opposants au régime et d’entretenir des liens avec des "organisations terroristes armées". Pour le gouvernement, ces organisations sont en général celle du prédicateur Fethullah Gülen, fervent opposant exilé aux États-Unis et accusé d’avoir organisé le putsch raté du 15 juillet 2016, ou les Kurdes séparatistes du PKK.

"Président Erdogan, vous vous souvenez de 1998 ? Nous, oui"

Il n’y a a priori aucune raison de penser que le séminaire d’informatique ait une quelconque relation avec l’une de ces deux formations. Malgré tout, le président Recep Tayyip Erdogan n’a pas hésité à affirmer que les militants s’inscrivaient "dans la continuité du 15 juillet", ni à envoyer ses forces de sécurité pour les embarquer de force. De quoi susciter le courroux de l’Allemagne : l’un de ses ressortissants, Peter Steudtner, fait partie des militants, et Berlin s’est empressé de qualifier cet emprisonnement "d’absurde".

De son côté, l’ONG a tenté de mobiliser les troupes sur Twitter en publiant le 7 juillet une vidéo interpellant directement Erdogan, lequel, comme le rappelle Amnesty, a été emprisonné par le gouvernement turc il y a vingt ans et soutenu avec force par… Amnesty International. "Président Erdogan, vous vous souvenez de 1998 ? Nous, oui", tempête l’organisation avant d’indiquer comment, alors maire d’Istanbul, il avait été incarcéré par le gouvernement laïc de l’époque pour avoir lu un poème musulman. Amnesty avait alors défendu sa liberté d’expression. Dix-neuf ans plus tard, Erdogan emprisonne ses militants.