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Élection présidentielle en Iran : Hassan Rohani peut-il être réélu ?

Ce vendredi 19 mai, l’Iran élit son nouveau chef de l’exécutif. Si quatre candidats sont officiellement en lice, il s’agit surtout d’un affrontement entre le président sortant, le réformateur Hassan Rohani, et le conservateur Ebrahim Raisi.

Le Président sortant Hassan Rouhani (Google réutilisation autorisée/Origine > http://en.kremlin.ru/events/president/news/50391)

Le président sortant Hassan Rohani. (© Présidence de Russie/domaine public)

Vendredi 19 mai, 56,4 millions d’électeurs iraniens sont attendus aux urnes afin de désigner leur nouveau chef de l’exécutif. Il faut distinguer chef d’État et chef de l’exécutif afin de comprendre le mode de fonctionnement politique iranien. En effet, comme le rappelle à la RTBF le chercheur au Centre d’étude des crises et conflits internationaux (CECRI) et spécialiste de l’Iran Vincent Eiffling :

"Le chef de l’État, […] c’est Ali Khamenei, qui est en poste depuis 1989, c’est celui qui a succédé au père fondateur de la République islamique, l’ayatollah Khomeyni. Le président est le chef de l’exécutif, il est le chef du gouvernement et, au travers de cette fonction, il a un pouvoir d’influence sur tous les sujets et domaines de compétences que traitent ses différents ministères. Mais attention, il faut bien garder une chose à l’esprit, c’est que la marge de manœuvre du président est limitée puisque même au travers de ses différents ministères, quand ils font des propositions, que ce soit via des lois, [que ce soit] au Parlement, [par] des décrets ou autre, il faut toujours obtenir l’aval d’une autre institution qui s’appelle le Conseil des gardiens et qui, elle, est directement subordonnée à la personne du guide suprême. "

Hassan Rohani est au pouvoir depuis le 14 juin 2013 et ce dernier brigue un nouveau mandat. Il s’agit d’un scrutin majoritaire à deux tours, comme en France. Le président sortant trouve face à lui, après deux désistements (MM. Ghalibaf et Jahangiri), trois candidats encore en lice. Les anciens ministres Mostafa Hashemitaba et Mostafa Mirsalim, assurés de ne pas être élus, se maintenant pour la forme, le président sortant a donc un seul véritable opposant, le conservateur religieux Ebrahim Raisi.

Le bilan mitigé d’Hassan Rohani

Hassan Rohani serait en position favorable pour remporter cette élection. Une supposition confirmée par de récents sondages selon lesquels il recueillerait 41,6 % des suffrages. D’autant plus que, comme le soulignent nos confrères du Monde, tous les présidents iraniens depuis 1981 ont été réélus. Néanmoins, le président sortant n’a pas tenu toutes ses promesses et a déçu certains de ses électeurs.

  • L’accord sur le nucléaire, une promesse de campagne tenue

Comme le rappelle RFI, il s’agissait d’une promesse de campagne d’Hassan Rohani : s’entendre avec les grandes puissances mondiales. Le 14 juillet 2015, après douze ans de négociations, c’est chose faite : l’Iran, les États-Unis, la Russie, la Chine, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne parviennent à un accord concernant le nucléaire iranien. Les sanctions internationales prononcées à l’encontre de l’Iran sont abandonnées et en échange, les capacités nucléaires de ce dernier sont restreintes afin de garantir un usage pacifique.

Les principaux termes qui constituaient cet accord étaient : un enrichissement d’uranium et une production de plutonium limités en Iran – afin que le délai en cas de tentative de fabrication d’une arme nucléaire soit plus long –, le renforcement des inspections, la levée des sanctions de l’ONU, des États-Unis et de l’Union européenne à l’encontre de l’Iran, qui freinent le développement économique du pays, et enfin le maintien de l’embargo sur les armes. Certaines sanctions, non nucléaires, persistent encore et M. Rohani a promis d’obtenir leur levée.

Photographie après la signature de l'Accord préliminaire de Genève (24 novembre 2013) / Wikipédia domaine public /

Photographie après la signature de l’Accord préliminaire de Genève, le 24 novembre 2013. (© Wikipédia/domaine public)

  • Une situation économique et sociale en demi-teinte

Toutefois, si la promesse de signer un acccord fut tenue, cela n’a pas permis de créer de l’emploi ou d’augmenter les revenus. Les retombées peinent en effet à pointer le bout de leur nez, car, comme nous l’a rappelé Tavana Livardjani, un jeune Franco-Iranien joint par téléphone, qui a voté à l’ambassade d’Iran à Paris ce matin : "La levée des sanctions est progressive, elle s’étend sur dix ans." En effet, le chômage a augmenté sous la présidence de M. Rohani. Selon Francetv info, il a dépassé le cap des 25 % chez les jeunes et, rappelle Le Monde, "un million de personnes sont encore passées sous le seuil de pauvreté durant l’année fiscale 2015-2016, pour un total de plus de 8 millions de personnes". De surcroît, plus de 200 manifestations ont eu lieu en février 2017 dans une quarantaine de villes et villages afin de protester contre le non-versement de certains salaires.

Néanmoins, Hassan Rohani bénéficie de l’appui de l’ancien président Mohammad Khatami, très populaire, mais aussi de celui de Mir-Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, deux candidats défaits à l’élection présidentielle de 2009. Ils avaient perdu face à l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad. Un soulèvement post-électoral avait alors eu lieu, appelé le "mouvement vert", accusant le pouvoir de fraude électorale dans le but d’obtenir la réélection du Président sortant. Et MM. Moussavi et Karoubi, figures clés aux yeux des manifestants de l’époque, actuellement en résidence surveillée, soutiennent le président Rohani. Ce dernier s’est servi de ces soutiens durant sa campagne, assurant qu’il pourra plaider leur libération auprès du Guide suprême s’il obtient une majorité franche ce vendredi.

Le risque de l’abstention pèse sur l’élection

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Lors de l’élection présidentielle de 2013, Hassan Rohani avait bénéficié d’un élan de mobilisation venu des grandes villes ainsi que des minorités et des classes moyennes. Comme le rappelle Challenges, le taux d’abstention risque d’être élevé cette année, en raison du bilan en demi-teinte du président sortant mais aussi de la situation tendue dans le pays. Pour sa part, Ebrahim Raisi semble bénéficier d’un électorat plus enclin à se déplacer. En effet, d’après Louis Imbert, envoyé spécial du journal Le Monde à Téhéran, les électeurs de M. Raisi seraient :

"Des fonctionnaires, une partie des Iraniens pieux et des forces armées, ainsi que la milice bassidji qui leur est affiliée, et les classes populaires dépendantes du système d’aides sociales [qui] ont favorisé l’inflation, mais elles ont réduit la pauvreté et les inégalités durant les années de crise. M. Raisi promet de les augmenter."
D’après le témoignage de Tavana Lavardjani, il s’agira d’une situation parallèle à celle de la présidentielle française : "Je pense que ce sera un vote par dépit : les gens vont voter Rohani pour contrer Raisi, ou s’abstenir." Vincent Eiffling explique que le mode de validation des candidatures présidentielles ne permet pas une véritable diversité des profils ou un renouveau de la classe politique, ce qui pourrait contribuer à expliquer une certaine lassitude des citoyens iraniens :
"Il faut bien garder à l’esprit que ce n’est pas une élection libre, c’est une élection qui se base sur une présélection puisque tous les candidats doivent avoir été sélectionnés, du moins leurs candidatures doivent avoir été validées par le Conseil des gardiens. On a eu 1 636 dépôts de candidatures cette année-ci, il n’y en a eu que six qui ont été acceptées."
M. Livardjani nous a, lui, expliqué qu’en Iran existent effectivement "beaucoup de pouvoirs et contre-pouvoirs mais, en réalité, tout le monde se tient parce que si l’un tombe, tout le monde tombe : les organes du contre-pouvoir sont nommés par ceux qui sont élus et vice-versa". Selon lui, le président Rohani a par conséquent de très grandes chances d’être réélu.