La France boycotte le traité de l’ONU sur l’abolition des armes nucléaires

Enfoncé dans ses contradictions, l’Hexagone refuse cette avancée majeure proposée par plus de la moitié des pays du monde.

(©United States Department of Energy/Wikipedia Commons)

Le test de la bombe H Castle Bravo, effectué par les États-Unis sur l’atoll de Bikini en mars 1954. (© United States Department of Energy/Wikipedia Commons)

C’est bien simple : jamais un texte n’avait réuni autant d’acteurs pour interdire purement et simplement le nucléaire militaire. Le 7 juillet, 122 pays réunis au siège de l’Organisation des Nations unies (ONU) à New York se sont mis d’accord pour interdire l’utilisation, le stockage ou encore la mise au point de ces armes de destruction massive. Si l’unanimité des délégations présentes sur place ne fait aucun doute, le problème réside ailleurs. 37 % des pays membres de l’ONU ont refusé de participer à ces négociations et ne sont, de fait, aucunement contraints par ce traité. Sans surprise, les pays détenteurs de ces bombes capables de rayer toute une ville de la carte en une fraction de seconde ont boycotté l’initiative et ont multiplié les pressions sur leurs alliés pour les exhorter à faire de même.

"La France n’a pas participé aux négociations de ce traité et elle n’entend pas y adhérer." Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères français dénonce un texte "inadapté au contexte sécuritaire international, caractérisé par des tensions croissantes et la prolifération des armes de destruction massive, dont témoigne notamment la menace nucléaire nord-coréenne". Non sans une certaine condescendance, le quai d’Orsay explique donc à 122 pays unis autour d’une même cause pacifiste qu’ils ne comprennent rien au subtil équilibre des forces et des puissances. Fallait oser.

Contradictions à la pelle

Il semblerait pourtant que l’aveuglement entêté soit plutôt du côté français que de celui de la moitié des autres pays de la planète. En mai dernier, l’ancien diplomate français Marc Finaud listait ainsi pour La Tribune les grandes contradictions de la politique de dissuasion nucléaire française. Florilège :

  • Prétendre d’un côté qu’il s’agit d’un facteur d’indépendance nationale, et de l’autre faire pression sur les pays engagés dans les traités antinucléaires, violant le principe d’autonomie.
  • Signer les traités de non-prolifération (TNP) tout en refusant de réduire son propre arsenal.
  • Poursuivre à tout prix la course à l’armement, tout en sachant pertinemment que cela ne répond pas aux défis actuels (terrorisme, cyberattaques, changement climatique, etc.).
  • Afficher la défense des civils comme sa principale motivation diplomatique, et conserver de son côté des armes capables de raser des villes entières.

"Il est temps pour les dirigeants du monde entier de faire correspondre leurs valeurs et leurs mots en signant et en ratifiant ce traité", assène la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires (ICAN) dans un communiqué. Mais ces contradictions profondes, évidentes, n’ont en rien infléchi la position des gouvernements français successifs. Lors de son discours devant le Congrès, Emmanuel Macron a affirmé sa volonté de poursuivre la dissuasion nucléaire, "clé de voûte de la sécurité en France". Le lendemain, il répétait ces mots à l’occasion de sa visite du sous-marin Le Terrible, une bête capable d’envoyer 16 missiles balistiques à tête nucléaire à plus de 6 000 kilomètres.

L’interdiction de l’utilisation de l’atome comme arme de guerre se fera donc sans la France, du moins pour le moment, ce qui n’a pas empêché les nombreuses ONG luttant contre ces bombes de se réjouir de l’avancée que représente le traité du 7 juillet. "L’adoption de ce traité par l’ONU marque le début de la fin de l’ère nucléaire, exulte Alexia Berny, membre du conseil d’administration d’ICAN France. La majorité des États du monde n’accepte plus les armes nucléaires et ne les considère pas comme des outils de guerre légitimes.".