France Télé : les rédactions de Complément d’enquête et Envoyé spécial vont être drastiquement réduites

La présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, est sous le feu des critiques depuis l’annonce de coupes budgétaires au sein du groupe audiovisuel public. Très concernées par ces restrictions de budget, les rédactions des émissions d’investigation de France 2 sont vent debout.

La tension monte à France Télévisions. Et pour cause : d’ici septembre 2018, des dizaines de postes de journalistes seront supprimés au sein des équipes des principales émissions d’investigation du groupe télé.

(capture d’écran de Cash Investigation/YouTube)

Selon les annonces du directeur de l’information de France 2, deux magazines phares de la chaîne sont particulièrement concernés par ces suppressions de postes : Complément d’enquête, présenté par Thomas Sotto, et Envoyé spécial, animé par Élise Lucet, lesquels s’apprêtent à perdre 21 de leurs 27 journalistes. Un journaliste détaille au Parisien :

"Les 17 CDD ne seront pas renouvelés en juin, et quatre journalistes en CDI vont être transférés au JT. Sur les 27 reporters que comptent actuellement les deux magazines, seuls six vont être maintenus à leur poste. Impossible dans ces conditions de faire une soirée par semaine. La grande majorité des reportages seront désormais confiés à des sociétés de production extérieures."

"Ainsi, au mois de septembre, le contenu d’Envoyé spécial ne reposerait plus que sur le travail de quatre journalistes titulaires. Contre 14 aujourd’hui", résume Le Figaro Télé. Du côté de Complément d’enquête, il ne restera plus que 2 journalistes, contre 12 aujourd’hui. La grande majorité des enquêtes sera donc réalisée par des entreprises extérieures au groupe public. De quoi révolter Élise Lucet.

47 millions d’euros en moins

"Ils gardent l’usine, mais ils enlèvent les ouvriers", s’insurge un journaliste auprès du Parisien. Tandis qu’un autre, rattaché à Complément d’enquête, relève le manque d’indépendance journalistique que cette décision pourrait entraîner :

"[Les émissions] vont être des coquilles vides. Et pourtant, maintenant que l’investigation a disparu de Canal+, ces magazines sont les seuls du PAF à faire de l’investigation et du grand reportage. Quelle société extérieure va oser s’attaquer à un magnat des médias comme Vincent Bolloré ?"

La présidente de France Télévisions cristallise les critiques. Cette dernière est visée par une motion de défiance, qui risque d’être votée ce mardi 28 novembre après-midi à l’occasion d’une nouvelle assemblée générale décisive. En opérant ces coupes budgétaires, Delphine Ernotte entendait faire des économies : en 2018, France Télévisions percevra en effet 47 millions d’euros de moins que cette année. Télérama précise :

"D’abord, l’augmentation de 30 millions octroyée en 2017 est annulée. Ensuite, à partir du 1er janvier 2018, la publicité dans les programmes jeunesse sera supprimée. Soit un manque à gagner de 17 millions d’euros qui, contrairement aux engagements, ne sera pas compensé."

En attendant, les rédactions de France Télévisions restent mobilisées et sont soutenues dans leur mouvement par des journalistes d’autres médias et des téléspectateurs :