François Fillon : son programme (très) conservateur en 6 points

Alors que François Fillon s'est placé largement en tête au premier tour de la primaire de la droite et du centre, on revient avec vous sur les points clés de son programme et sur ses idées phares. 

C'est la première surprise de cette campagne pour l'élection présidentielle 2017. Alors que, depuis des mois, tous les médias annonçaient un match Sarkozy/Juppé au second tour de la primaire de la droite, François Fillon a réalisé une percée de folie et explosé tous les scores, se classant bon premier avec 44,1 % des suffrages.

Les premières analyses de ce résultat montrent, d'une part, un net rejet de la droite dure identitaire proposée par Nicolas Sarkozy, et d'autre part un refus du projet centriste de compromis proposé par Alain Juppé. François Fillon s'est donc imposé en proposant un programme ultralibéral sur le plan économique et conservateur sur le plan social. À ceux qui en douteraient, cet homme est bien de droite, et pas qu'un peu.

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1. Ultralibéral

C'est probablement sur les questions économiques que Fillon s'attire le plus les foudres de ses opposants. Ses propositions sont radicalement libérales, à l'image d'une certaine Margaret Thatcher dans les années 1980.

Point fort de son programme, la suppression de 500 000 postes dans la fonction publique, dont beaucoup disent qu'elle est irréalisable. Quoi qu'il en soit, le ton est donné. Cette suppression d'emplois publics rentre dans son projet de réduire à fond les dépenses de l'État, d'environ 110 milliards d'euros. Une cure d'austérité radicale.

Les entreprises seraient les grandes gagnantes d'un éventuel quinquennat Fillon, avec notamment 40 milliards d'euros pour baisser leurs charges, et une réduction de 25 % de l'impôt sur les sociétés. Tout cela serait financé par une hausse de la TVA de 2 points supplémentaires, payée par tous les consommateurs ...

Pour ce qui est de l'emploi, l'objectif est clairement d'assurer un maximum de compétitivité, quitte à saper les acquis sociaux : extension du temps de travail jusqu'à un maximum de 48 heures, 39 heures hebdomadaires pour la fonction publique, retraite à 65 ans... On est curieux de voir les réactions de la rue à l'annonce de tout ça, quand on sait que les réformes plus timides de l'actuelle ministre du Travail, Myriam El Khomri, avaient entraîné des mois de manifestations.

Les objectifs de toutes ces mesures chocs sont de réduire le chômage en dessous de 7 % et de faire passer la France au rang de première puissance économique européenne, devant l'Allemagne, d'ici dix ans. Une vision à long terme positive qui a séduit une large frange de l'électorat de droite, alors que les théories déclinistes sur l'état de la France n'en finissent pas de ternir l'avenir.

2. Anti-adoption plénière pour les couples homosexuels

François Fillon ne fait pas non plus le timide sur les thèmes de société, et propose un programme résolument conservateur. Tellement conservateur qu'il a rallié à sa cause le micro-parti Sens commun, issu de la Manif pour tous, qui est devenu l'un de ses bras armés pour faire campagne dans les coins les plus reculés de la France. Il a donc une grande partie de la cathosphère dans sa poche.

L'une de ses propositions phares est la réécriture de la loi Taubira, pour interdire l'adoption plénière aux couples homosexuels. En gros, s'ils adoptent un enfant, l'enfant gardera toujours un lien avec son ancienne famille et n'aura pas pour parents uniques le couple adoptant. Le mariage leur resterait donc ouvert aux homosexuels, mais c'est un coup dur après un quinquennat Hollande très progressiste sur ces questions.

3. Anti-avortement

Il s'est plusieurs fois exprimé publiquement contre l'avortement, auquel il est "personnellement opposé", tout en assurant toutefois que "jamais personne, et certainement pas moi, ne reviendra sur l'avortement". Mettre les pieds dans le plat, puis les sortir rapidement, pas de quoi rassurer les militants féministes, et assez pour inquiéter la twittosphère qui s'alarme de ses prises de positions conservatrices, avec le hashtag #FillonPrésidentceserait.

4. Terrorisme et sécurité : des propositions radicales

Sur la question de l'islam, son avis est également très tranché. Il estime ainsi dans son essai Vaincre le totalitarisme islamiquepublié en septembre 2016, qu' "il n'y a pas de problème religieux en France. Il y a un problème lié à l'islam" et que "l'invasion sanglante de l'islamisme dans notre vie quotidienne pourrait annoncer une Troisième Guerre mondiale". Bon, le ton est donné et il est très loin d'Alain Juppé et de son "identité heureuse"

Comme on peut s'en douter, ses propositions en matière de questions religieuses sont donc radicales. Il propose ainsi de réactiver l'idée de la déchéance de nationalité, qui viserait toutes les personnes parties faire le djihad en Syrie et en Irak et leur interdirait de revenir en France. Côté plage, il s'est dit en accord avec une loi anti-burkini.

5. L'histoire-fiction au service de la patrie

François Fillon a aussi une certaine obsession pour l'histoire, dont il dit qu'il faudrait qu'elle soit un "récit national". En gros, quand un élève de collège ouvre son manuel d'histoire, il faudrait qu'il y voit une ode à la France, à ses "grands personnages", à ses batailles et ses réussites. "Faire douter de notre histoire : cette instruction est honteuse !", pas de place à la critique donc, ni à l'interrogation sur les phases sombres de notre histoire comme l'esclavagisme, les viols commis par les armées napoléoniennes ou la collaboration du régime de Vichy. Une histoire-fiction, donc, bien loin de la réalité.

Le vainqueur potentiel de la primaire a par exemple sa vision bien à lui du colonialisme, défendant que la colonisation française était en fait un "partage de culture". Et tant pis si, au passage, la France en a profité pour exploiter jusqu'à la moelle les territoires et populations locales, souvent jusqu'à la mort.

6. Bonjour la Syrie, bonjour la Russie

François Fillon a donc une idée toute personnelle de ce que doit être le rôle de la France dans le monde, et il n'a pas peur de s'allier avec des partenaires peu recommandables pour arriver à ses fins. En Syrie, il est partisan d'un rapprochement avec Bachar el-Assad (qui massacre sa population à coups d'armes chimiques) et Vladimir Poutine (qui massacre la même population à coups d'avions bombardiers), dans le but d'éradiquer l'organisation État islamique.

Il écrivait ainsi en avril 2016 dans les colonnes de Marianne qu'"en Syrie, une seule puissance a fait preuve de réalisme : la Russie". Et tant pis si les droits de l'homme en prennent un coup au passage.