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Glyphosate : une agence de sécurité alimentaire accusée d’avoir copié-collé un rapport de Monsanto 

La licence européenne du glyphosate expire fin 2017, alors le lobbying fait rage. Une agence de sécurité alimentaire est dans le viseur pour avoir tout bonnement copié-collé les conclusions d’un rapport de Monsanto. Ambiance…

(© Mike Mozart/Flickr)

Oups… Il semblerait qu’une centaine de pages issues d’un rapport sur le glyphosate rendu par l’agence européenne de sécurité des aliments (EFSA) soit un copié-collé d’un document rédigé par Monsanto. C’est en tout cas ce que révèlent dans une enquête conjointe publiée vendredi 15 septembre les quotidiens italien et britannique La Stampa et The Guardian. Preuves à l’appui (les documents étant disponibles en ligne), ils dévoilent un plagiat qui porte sur 100 pages (sur 4 300 pages - soit au bas mot l’équivalent de 4 dictionnaires de jargon), mais parmi les plus "essentielles" et "controversées" concluant à un avis favorable au renouvellement du produit dans l’UE.

Pour rappel, le glyphosate, célèbre herbicide de la marque Roundup, qui est produit par Monsanto, est classé depuis 2015 comme substance cancérogène probable par le Centre international de recherche sur le cancer. Le produit reste néanmoins toujours autorisé en Europe et le débat actuel porte sur la poursuite de sa commercialisation. En effet, la licence européenne du glyphosate expire à la fin de l’année et la Commission européenne doit trancher pour ou contre son renouvellement concernant les dix prochaines années.

Vous avez dit lobbying ?

Les deux journaux soulignent que l’EFSA avait assuré que son dernier rapport était basé sur une évaluation objective de l’ensemble de la recherche scientifique sur les effets du glyphosate. Une objectivité fortement mise en doute au regard de ce copié-collé directement tiré des documents de la multinationale américaine.

En juillet dernier, la Commission européenne s’était prononcée en faveur du renouvellement du glyphosate en s’appuyant sur un précédent rapport de l’EFSA daté de 2015 qui concluait qu’il n’y a pas de raison de classer le glyphosate comme cancérogène. L’agence européenne en charge de l’évaluation des risques alimentaires fait donc partie des acteurs clefs de la décision mais, malgré son devoir évident de neutralité et d’impartialité, donne l’impression d’avoir choisi son camp.

D’ailleurs, des soupçons de conflits d’intérêts remontent à 2015, lors de la publication de son rapport en faveur du glyphosate. Rapport dans lequel ses conclusions s’opposaient au Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). À l’époque, plusieurs observateurs soulevèrent que 82 % des experts ayant participé à cette étude n’étaient pas connus nommément, à l’inverse des experts du CIRC.

De son côté, l’agence européenne se défend et argue une "incompréhension du contexte et du contenu des documents publiés" et d’une confusion des documents cités par les médias, rapporte 20 Minutes. Le vote sur le renouvellement pour dix ans de l’autorisation du glyphosate devrait avoir lieu au courant de l’automne lors d’un comité d’experts durant lequel les pays donneront leur position. La France a déjà annoncé qu’elle voterait contre, mais une majorité est requise.

Des méthodes douteuses

L’affaire n’est pas sans rappeler l’ambiance des enquêtes de l’émission Cash Investigation. "Bienvenue dans le monde merveilleux des affaires…" entend-on presque en musique de fond. Car si l’autorisation du glyphosate semble être une question de santé publique, il s’agit avant tout d’une affaire d’argent puisque le pesticide le plus vendu dans le monde rapporte des milliards d’euros de chiffre d’affaires chaque année.

Pas étonnant donc que les lobbyistes des pesticides mettent toute leur énergie dans cette dernière ligne droite afin de pérenniser l’usage de leur produit sur le vieux continent. Parmi les manœuvres habituelles des multinationales pour défendre leurs juteux business, Cash Investigation dévoilait dans une enquête diffusée en 2014 comment l’industrie du tabac s’immisce dans le processus décisionnaire en écrivant elle-même les amendements à la place des parlementaires européens. À l’aune de ce genre de révélations confiées par des lobbyistes du tabac eux-mêmes (voir à 32 minutes dans le documentaire en lien ci-dessus), il semble - malheureusement - facile d’imaginer un procédé similaire dans le domaine des pesticides. À savoir : une agence européenne qui recopie un texte fourni par une multinationale.

D’ailleurs, cela tombe bien, début 2016, nos confrères de France 2 dévoilaient une autre enquête intitulée "Produits chimiques, nos enfants en danger", justement consacrée à ce sujet :

Lire aussi -> Les "Monsanto papers" dévoilent la guerre menée par la firme contre la recherche sur le cancer