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"Il est temps que les hommes fassent l’expérience de la minorité" : la vision militante du féminisme de Taubira

En marge de la Nuit des idées organisée à Montréal par l’Institut français le 25 janvier dernier, Christiane Taubira a livré sa conception du féminisme dans les colonnes de Libération.

(© Ericwaltr/Wikimedia/CC)

"Il est temps maintenant que les hommes fassent l’expérience de la minorité, et le premier endroit où ils peuvent et doivent le faire, c’est dans l’exercice du pouvoir." Christiane Taubira a toujours eu pour réputation d’être éloquente. Depuis l’éclatement de l’affaire Weinstein et son prolongement en France avec le hashtag Balance ton porc, l’ancienne garde des Sceaux s’était pourtant montrée discrète. Aussi, lorsqu’elle prend finalement la parole pour livrer ses impressions, son discours est-il attendu.

Dans un long entretien publié par le quotidien Libération ce dimanche 28 janvier, l’ancienne ministre de la Justice a livré sa vision d’un féminisme militant, en marge de la Nuit des idées qui se tenait jeudi 25 janvier à Montréal.

Cet événement organisé par l’Institut français réunit, le temps d’une soirée, des chercheurs, intellectuels et artistes afin de débattre autour d’un thème qui change tous les ans. Cette année, les participants étaient invités à discuter de "l’imagination au pouvoir", un slogan utilisé par les manifestants de Mai 68.

D’abord interrogée sur ce sujet, l’ancienne ministre de la Justice a très vite choisi d’aborder le thème de la place des femmes dans nos sociétés : "Le système actuel d’exercice du pouvoir a été pensé par et pour des hommes." C’est l’enseignement que l’ancienne ministre a tiré de ses années passées dans les plus hautes sphères de l’État :

"Ces institutions et ces lieux ne sont pas humains, ils sont masculins. Prenez des exemples tout bêtes comme les graviers de la cour de l’Élysée, ce choix de recouvrement n’a clairement pas été fait par une femme portant des chaussures à talons !"

"Le féminisme est un humanisme, ce n’est pas une guerre de tranchées"

Toutefois, Christiane Taubira considère que l’exclusion dont les femmes ont longtemps été victimes a au moins eu un impact positif : "L’expérience de la minorité aiguise les défenses, mais développe aussi la solidarité parce que la survie, quand on est en minorité, dépend de la capacité à faire corps ensemble."

L’ancienne garde des Sceaux a évidemment été amenée à réagir sur la tribune cosignée par 100 femmes, dont Catherine Millet et Catherine Deneuve, pour défendre la "liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle" :

"Je ne partage pas le contenu de cette pétition, je l’estime complètement hors sujet, c’est pour cela que je n’en débattrai pas sur le fond. Le harcèlement dénoncé par les femmes aujourd’hui n’est pas le jeu de l’amour et du hasard. Ce n’est pas du marivaudage, ce n’est pas l’histoire du comportement de quelques hommes dans un milieu feutré vis-à-vis de femmes qui sont armées psychologiquement, intellectuellement, mentalement, et même juridiquement pour se protéger."

Alors qu’en France, deux conceptions du féminisme s’opposent depuis la parution de cette tribune, Christiane Taubira se veut rassembleuse. Elle ne souhaite pas dresser les femmes les unes contre les autres, pas plus qu’elle ne souhaite un affrontement entre les hommes et les femmes :

"Le féminisme est un humanisme, ce n’est pas une guerre de tranchées. Être impitoyable envers un comportement sexiste n’est pas faire la guerre à l’autre sexe."

Selon elle, le combat féministe revêt une dimension suffisamment importante pour devenir le fer de lance d’une lutte plus générale pour l’égalité.

"Le combat féministe peut entraîner avec lui tous les autres combats, car son essence est la revendication qu’aucune différence de traitement n’est acceptable sur la simple base d’une différence physique ou de choix de vie."

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