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"J’ai été mis dans une sorte de cage" : les journalistes arrêtés à Abu Dhabi racontent leur détention

En marge de l’inauguration du musée du Louvre Abu Dhabi, deux journalistes suisses ont été arrêtés et incarcérés pendant 50 heures. Ils sont revenus sur le plateau de la RTS sur les conditions de leur arrestation et de leur détention. De leur côté, les Émirats arabes unis tentent de justifier cet épisode.

À l’occasion de l’inauguration du Louvre Abu Dhabi, le journaliste Serge Enderlin et le cameraman Jon Bjorgvinsson étaient en reportage aux Émirats arabes unis, le jeudi 9 novembre. Alors que les deux journalistes, qui travaillent pour l’émission Mise au point de la Radio télévision suisse (RTS), finissaient leur tournage, ils ont été arrêtés par les autorités et détenus pendant 50 heures.

Ils ont été interpellés alors qu’ils filmaient un marché de Moussaffah. S’ils étaient autorisés à filmer dans le musée et dans les alentours, cette zone qualifiée de "sécurisée" par les autorités ne semblait pas leur être autorisée.

Ils étaient en possession d’une accréditation mais ne disposaient pas de leur autorisation de tournage, qui était toujours en attente. Cette information a été confirmée par le National Media Council, en charge de réguler les médias dans le pays.

"Une guerre nerveuse"

Néanmoins, les deux hommes, qui ont plusieurs arrestations à leur actif dans différents pays, dénoncent cette fois une détention "un cran au-dessus", évoquant une "guerre nerveuse". Ils précisent avoir été nourris et hydratés à convenance, mais ils pointent du doigt des conditions d’interrogatoire "dures et sévères" durant des "dizaines d’heures d’affilée". L’un des deux journalistes raconte même avoir été "mis dans une sorte de cage, enchaîné avec un bandeau sur les yeux".

En réalité, il semblerait qu’on leur reproche d’avoir filmé des travailleurs illégaux de nationalité pakistanaise. Une explication avancée par les deux journalistes :

"On était dans un marché, en périphérie d’Abu Dhabi dans le quartier de Moussaffah où vivent des milliers, des dizaines de milliers sur les plusieurs millions de travailleurs immigrés – pour la plupart, en écrasante majorité, du sous-continent indien – qui bâtissent ce pays dans des conditions éprouvantes.

On voulait simplement voir leur vie, la documenter avec des accès assez limités et c’est là qu’on s’est fait repérer par la police."

Cela "démontre une méfiance excessive à l’encontre des médias"

MM. Bjorgvinsson et Enderlin ont été relâchés dans la nuit du samedi 11 au dimanche 12 novembre "sans qu’aucune charge ne soit retenue contre eux". Cependant, ils ont été forcés de communiquer les mots de passe de leurs téléphones et de signer des aveux. En outre, l’intégralité de leur matériel a été conservée par les forces de l’ordre sur place.

Dans un communiqué de presse publié le 13 novembre, Reporters sans frontières a déclaré par le biais de la responsable de son bureau au Moyen-Orient, Alexandra El Khazen, "condamner la disproportion du traitement réservé" aux deux hommes "qui n’ont fait que leur métier". L’organisation poursuit en demandant que le matériel des deux reporters soit immédiatement restitué :

"L’interpellation, la détention prolongée de ces journalistes et surtout l’obtention d’aveux sous la contrainte, relève de la pratique d’intimidation et démontre une méfiance excessive à l’encontre des médias qui souhaitent couvrir des sujets sensibles.

Le NMC a de son côté assuré que le pays veillait à "respecter le droit de tous les médias d’informer librement à travers les Émirats arabes unis". Les Émirats arabes unis sont placés au 119e rang (sur 180) au classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF).

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