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Condamné pour pédophilie en Russie, un Français accuse les services secrets de l’avoir piégé

Jeudi 9 novembre, l’émission Envoyé spécial consacrait un reportage à Yoann Barbereau, un Français victime d’une technique des services secrets russes, appelée "kompromat". Après plus de 1 000 jours de cavale, il est rentré en France. Il s’est exprimé lors d’une conférence de presse durant laquelle il a demandé aux autorités françaises un "vrai discours clair".

Conférence de presse.

Un "kompromat", ou "dossier compromettant" en français, est une technique utilisée par les services secrets russes pour faire pression sur un État étranger ou l’un de ses ressortissants. Elle consiste à décrédibiliser ou faire pression sur une personne publique, souvent politique, en ayant recours à des documents compromettants.

Jeudi 9 novembre, les équipes d’Envoyé spécial sur France 2 ont fait la lumière sur ce type d’affaires diplomatiques, prenant pour exemple le cas du français Yoann Barbereau, dans un reportage intitulé "Sexe, chantage et vidéo". Ce père de famille, originaire de Nantes, expatrié en Sibérie où il était directeur de l’Alliance française d’Irkoutsk, a fait les frais d’un "kompromat".

En décembre 2016, il a écopé d’une peine de camp pénitentiaire de quinze ans lors d’un procès par contumace, pour "pédophilie". Mais Yoann Barbereau a toujours clamé son innocence, expliquant que des photos de lui avec sa petite fille de cinq ans avaient été trafiquées pour le compromettre.

Après plus de mille jours de cavale, Yoann Barbereau a accepté de parler par messages audio cryptés aux équipes d’Envoyé Spécial et a décidé de rentrer en France le soir de la diffusion du reportage afin de profiter de sa médiatisation pour obtenir une certaine "garantie".

Après avoir raconté être resté plus d’un an caché à l’Ambassade de France de Russie et être revenu en détails sur son arrestation, celui qui a toujours clamé son innocence réclame l’arrêt des poursuites entamées contre lui en Russie et à être jugé en France. Une demande qu’il a réitérée au lendemain de son arrivée sur le territoire français.

"Ce n’est pas un coup de Moscou"

Vendredi 10 novembre, Yoann Barbereau a organisé une conférence de presse à la médiathèque de Nantes, en présence de son avocat, Maître Olivier Arnod, et du président de son comité de soutien. Ce dernier a rendu hommage à la "détermination" et au "courage physique et moral" de Yoann Barbereau. Après un message de remerciements aux soutiens anonymes et journalistiques, il a laissé la parole au principal intéressé.

"Ma vie a changé le 11 février 2015" : c’est ainsi que Yoann Barbereau a inauguré son discours à la presse en revenant sur son arrestation par une dizaine d’hommes masqués, caméra au poing, son internement de force en hôpital psychiatrique ainsi que sa cavale et les menaces qu’a subies sa femme. En premier lieu, il s’est étonné d’un tel bouleversement dans sa vie, alors qu’il était arrivé pour "renforcer l’amitié franco-russe" en venant diriger la diplomatie culturelle, selon ses dires, avant d’expliquer que finalement, il avait été "traité comme un russe parmi les Russes", précisant : "aussi mal qu’un russe".

Néanmoins, après être revenu sur le contexte local particulier, évoquant un "sentiment anti-européen plus que grandissant" ainsi que l’élection d’un maire communiste opposant à Vladimir Poutine duquel il s’était rapproché, il a tenu à expliquer qu’il s’agit d'"autre chose qu’une affaire France contre Russie". Yoann Barbereau a précisé à de nombreuses reprises qu’il serait "ridicule" de penser qu’il s’agit d’un "coup de Moscou ou de Poutine". Selon lui, le chef d’État russe "a exploité plus tard" cette affaire qui concerne au départ le FSB, les services secrets locaux.

"Les droits de l’homme, ça se défend en actes"

Yoan Barbereau a également été interrogé au sujet des rumeurs qui le disent espion de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Il a réfuté l’hypothèse, arguant : "l’affaire n’aurait pas duré deux ans et demi avec un agent de la DGSE". Son avocat a ensuite repris la parole, corroborant les propos de son client : "il est évident que, [sinon], dès sa sortie, il aurait été exfiltré. […] Yoann ne doit son salut qu’à son audace."

Les deux hommes ont ensuite conjointement demandé l’arrêt des poursuites contre l’ancien agent du ministère des Affaires étrangères. M. Barbereau a indiqué qu’il souhaitait "obtenir [sa] liberté de mouvement totale", évoquant la notice rouge Interpol et le mandat d’arrêt international dont il fait l’objet. Il demande à être "blanchi de toute accusation", mais surtout, il exhorte le gouvernement français à "parler clair".

Une demande réitérée par son avocat, Maître Olivier Arnod, qui a tenu à critiquer le gouvernement français en pointant du doigt la position sur les droits de l’homme de la France, expliquant que cela "se défend en actes". Il s’est dit "éberlué" du silence de la diplomatie française à l’égard de cette affaire, reprochant notamment l’absence de tout représentant français à l’arrivée de son client à l’aéroport hier soir.

Pour conclure, Me Arnod a demandé à nouveau un "vrai discours clair de la part des autorités françaises", en qualifiant de "moindre des choses" le fait que Yoann Barbereau soit très prochainement reçu à l’Élysée.

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