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L’auteur du selfie avec Jean-Marie Le Pen a été condamné en appel

Le danseur Brahim Zaibat a été puni pour avoir troublé "un moment de relâchement et d’abandon personnel".

 

Archive de la page Facebook de Brahim Zaibat datant du 12 décembre 2015. Le post a depuis été supprimé.

Capture d’écran de la page Facebook de Brahim Zaibat datant du 12 décembre 2015. Le post a depuis été supprimé.

Ce mercredi 7 juillet, la cour d’appel de Paris a confirmé la condamnation en première instance de Brahim Zaibat, pour avoir pris un selfie avec Jean-Marie Le Pen en train de dormir dans un avion, nous apprend une dépêche de l’AFP. Le danseur a dû supprimer la photo, doit verser un euro symbolique à Jean-Marie Le Pen, et devra payer 3 000 euros de frais de justice. Retour sur une histoire à dormir debout.

Décembre 2015. Nous sommes à la veille du second tour des élections régionales, et le Front national (FN) vient de battre son record de nombre de voix. Le danseur Brahim Zaibat, connu pour ses prestations dans les comédies musicales Les Trois mousquetaires et Robin des bois, se retrouve, par le plus grand des hasards, assis pas très loin de Jean-Marie Le Pen dans l’avion qui les mènent de Paris à Nice. Amusé par la situation, il prend un selfie avec l’ancien président du FN endormi, et poste sur ses comptes Facebook et Twitter un message très politique : "Mettez les KO demain en allant tous voter. Pour préserver notre France fraternelle ! ! ! #jadoreça".

"Un moment de relâchement et d’abandon personnel"

Un selfie que vous avez sûrement vu passer, puisqu’il a été retweeté plus de 12 000 fois en deux mois. Jean-Marie Le Pen, peu content d’être pris en flagrant délit de somnolence, avait alors saisi la justice pour atteinte à la vie privée et au droit à l’image. Il demandait le retrait du cliché (ce qui lui a été accordé) et la modique somme de 50 000 euros de dommages et intérêts. Le tribunal de grande instance de Paris a également demandé au photographe rieur de verser un euro à Jean-Marie Le Pen. La cour a estimé que le cliché surprenait le père Le Pen "dans un moment d’intimité", mais n’était "ni dégradant, ni malveillant", rapporte l’AFP qui ajoute que le tribunal avait jugé que "le sommeil étant, à l’évidence, un moment de relâchement et d’abandon personnel".

L’AFP a publié un extrait d’un document de la cour, qui a précieusement analysé la photo :

"La tête renversée en arrière sur l’appuie-tête de son fauteuil et la bouche entrouverte, M. Zaibat apparaissant quant à lui sur la partie gauche du cliché, la mine ostensiblement réjouie par la scène qu’il photographie. S’il présente un caractère humoristique et a été utilisé par le demandeur pour faire passer un message politique, ce cliché n’en constitue pas moins une atteinte au droit exclusif dont M. Le Pen dispose sur son image."

Cependant, la juge chargée de l’affaire a tout de même estimé que le cliché avait été "réalisé et diffusé sans son autorisation et sans être justifié par le sujet d’actualité politique en cause avec lequel il ne se rattache que de manière artificielle". Pour cette première raison, Brahim Zaibat a dû supprimer sa photo dans les 48 heures, sous la menace de devoir payer 1 000 euros par jour de retard. Si l’envie lui prenait de republier un jour le cliché, il devra également verser 1 000 euros par "infraction constatée", ce qui fait cher le selfie. Par ailleurs, le danseur doit verser 3 000 euros pour frais de justice. Me Vincent Tolédano, l’avocat de Brahim Zaibat, a fait appel à cette décision.

L’ironie de l’histoire, c’est que cette affaire a fait le buzz, et a donc permis une encore plus grande diffusion de la photo. C’est ce qu’on appelle l’effet Streisand, "un phénomène médiatique au cours duquel la volonté d’empêcher la divulgation d’informations que l’on aimerait garder cachées déclenche le résultat inverse", explique Wikipédia. Peut-être que pour étouffer l’affaire, Jean-Marie Le Pen aurait mieux fait de garder… les yeux fermés.