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Débat présidentiel : un format problématique

Mercredi 22 février, la chronique de Pierre-Emmanuel Barré sur France Inter illustre parfaitement l'état d'esprit de nombreux Français, las d'assister à des débats qui ressemblent plus à des guerres d'ego qu'à des confrontations d'idéaux.

Le 21 février, TF1 a annoncé que se déroulera sur son antenne le premier débat entre les candidats à l'élection présidentielle le 20 mars prochain. Comme à son habitude, l'humoriste Pierre-Emmanuel Barré, qui officie dans La Bande originale sur France Inter, a réagi avec ironie à cette annonce.

Il débute ainsi : "Je vais vous faire gagner trois heures en vous résumant ce qui va se passer pendant ce débat" et développe : "Plein de gens avec des micros qui essayent de parler plus fort que les autres et un animateur petit et pas très charismatique qui tente de distribuer la parole mais personne qui le respecte." Il tourne ensuite à la perfection les candidats en dérision. Son ton corrosif et son imitation des politiques en élèves qui se disputent dans la cour de récréation font rire jaune. On décèle dans cette chronique les raisons du désintéressement croissant des Français pour la politique ou du moins les raisons qui pourraient le justifier.

Il se moque du dispositif en lui-même, un format caricatural, manichéen et faussement démocratique :

"Pour faire croire que l'avis des Français nous intéresse, on va répondre aux questions d'un panel représentatif avec une mère au foyer dépressive, un syndicaliste agressif pour donner une mauvaise image des syndicalistes, un étudiant relou."

Si, comme le dit justement Pierre-Emmanuel Barré, ce débat risque de prendre la forme d'une "guéguerre" entre les candidats, il se rapproche également dangereusement de l'histoire du pot de fer et du pot de terre, souvent à l'œuvre en politique, mais de manière assumée cette fois-ci.

Le choix des participants, un déni de démocratie ?

Au-delà du format de débat télévisé dont on peut interroger la pertinence, on est également très surpris par le choix de la rédaction de TF1, qui a invité uniquement cinq candidats (Marine Le Pen, Emmanuel Macron, Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon et François Fillon) sur son plateau, autrement dit les cinq "gros" candidats. Évincé, le candidat Nicolas Dupont-Aignan parle de déni de démocratie et même d'un "viol démocratique".

Si l'on peut effectivement arguer qu'un débat réunissant une dizaine de personnes serait très difficile à gérer, l'argument selon lequel la place des candidats dans les sondages légitime ce choix peine à convaincre. Interrogée au sujet de cette décision, Catherine Nayl, directrice générale adjointe en charge de l'information sur la chaîne, l'a défendue, expliquant aux journalistes d'Europe 1 : "Pour que les téléspectateurs puissent vraiment se forger une opinion, il ne peut pas y avoir 8, 9, 10, 11 ou plus de candidats sur un même plateau." 

Certes. Mais l'arrivée de Jean-Marie Le Pen au second tour en 2002 ou plus récemment la victoire de François Fillon aux primaires de la droite ont démontré qu'on ne peut plus se fier aux sondages. Au début de la campagne des primaires de la droite, François Fillon bénéficiait seulement de 8 % d'intentions de votes dans les sondages, et il est aujourd'hui le candidat des Républicains, en grande partie grâce au débat à la suite duquel le pourcentage d'opinions favorables le concernant avait considérablement augmenté.

Invité à réagir au sujet des candidats peu médiatisés, l'écrivain et journaliste David Desgouilles a déclaré au Figaro : "Si on devait les éliminer pour conserver seulement les quatre ou cinq les mieux placés dans les sondages, on serait là dans l'escroquerie et mieux vaudrait ne rien organiser du tout." Cette disposition donne en effet l'impression qu'il y aurait trois tours dans cette élection présidentielle et que les médias auraient le pouvoir de présélectionner les candidats admis à passer aux deux tours suivants, où ils seront soumis au vote des citoyens.

Marine Le Pen a de son côté réagi sur son compte Twitter, indiquant ne pas approuver le choix de TF1 :

Nicolas Dupont-Aignan appelle "Goliath" Mélenchon à la rescousse

Le candidat du parti Debout La France, Nicolas Dupont-Aignan, a quant à lui interpellé Jean-Luc Mélenchon sur Twitter. Ce dernier a reconnu qu'il y avait en effet un "problème". Dupont-Aignan lui a alors demandé s'il était d'accord pour refuser de participer au débat si l'on n'y invitait pas toutes les personnes ayant recueilli les 500 parrainages nécessaires pour se présenter à l'élection :

Ne pas débattre serait évidemment dommageable en raison de l'exposition médiatique que cette première soirée peut apporter aux candidats présents. Mais il est également évident que Jean-Luc Mélenchon est ce qu'on appelle un bon client pour les médias : sans le charisme et la fougue du candidat de la France insoumise, le débat serait assurément bien plus calme et une telle décision de sa part pourrait être en mesure de faire plier TF1. Il n'a pour l'instant pas encore répondu à la dernière sollicitation de Nicolas Dupont-Aignan.

On note que France 2, concurrent direct de la première chaîne, a annoncé un débat le 20 avril, avec tous les candidats "retenus par le Conseil constitutionnel".

À lire -> L'interview SMS complètement tarée de Pierre-Emmanuel Barré