Le préfet du Nord-Pas-de-Calais accuse Moix d’avoir travesti la réalité des violences policières à Calais

Le préfet du Nord-Pas-de-Calais a répondu à Yann Moix, dans une longue lettre diffusée sur le compte Twitter de la préfecture, où il met en doute la crédibilité des extraits vidéo diffusés par l’écrivain sur le site de Libération.

La bonne nouvelle, c’est que la révolution numérique n’a pas tué les échanges épistolaires. À la lettre ouverte de Yann Moix dénonçant les violences policières publiée le 21 janvier par Libération, le préfet du Nord-Pas-de-Calais a choisi de répondre par une autre lettre publiée jeudi 25 janvier sur le compte Twitter de la préfecture.

Ce dernier accuse Yann Moix d’avoir détourné certaines images capturées pour les besoins de son documentaire Re-Calais et diffusées sur le site de Libération pour illustrer son propos : "J’ai demandé que les images que vous avez portées à la connaissance du public soient soigneusement examinées afin de déterminer la réalité des faits que vous dénoncez."

Selon le préfet Fabien Sudry, certaines images seraient bien plus anciennes. Elles dateraient de l’époque de la "Jungle de Calais" démantelée en octobre 2016 : "Des images que vous présentez comme des preuves de violences policières aujourd’hui semblent montrer en réalité des opérations de maintien de l’ordre au temps du bidonville de la Lande avant octobre 2016." Il insinue également que les deux témoignages de policiers diffusés par Yann Moix ont été sortis de leur contexte.

"Il y a à l’évidence deux Yann Moix"

Lundi dernier, Yann Moix se fendait d’une longue lettre où il dénonçait des violences quotidiennes dont seraient victimes les migrants qui séjournent à Calais. Si la lettre de l’écrivain et chroniqueur était bien adressée au président de la République, elle mettait, images à l’appui, directement en cause le comportement des forces de l’ordre.

"J’affirme, M. le Président, que vous laissez perpétrer à Calais des actes criminels envers les exilés. Je l’ai vu et je l’ai filmé.

J’affirme, M. le Président, que des fonctionnaires de la République française frappent, gazent, caillassent, briment, humilient des adolescents, des jeunes femmes et des jeunes hommes dans la détresse et le dénuement. Je l’ai vu et je l’ai filmé," pouvait-on lire dans la tribune publiée dans Libération.

Yann Moix affirme avoir été témoin à Calais d’un "protocole de la bavure". Ces accusations n’ont évidemment pas été du goût du préfet.

"Il y a à l’évidence deux Yann Moix. Le premier, à qui j’ai parlé au téléphone, m’expliquait en s’excusant qu’il avait été 'outrancier' sur le plateau d’On n’est pas couché […] et mentionnait que 'quelques pourcentages seulement' des images qu’il avait filmées montraient ce qu’il appelait des 'violences policières' […] Le second, auteur d’un brûlot dans Libération, semble découvrir qu’il est très légitimement fait usage proportionné de gaz lacrymogène à chaque fois que cela est nécessaire pour empêcher l’intrusion de migrants dans le Tunnel sous la Manche ou dans le port de Calais"

Des "accusations gravissimes"

Et pour le préfet du Nord-Pas-de-Calais, entre la duplicité et le mensonge il n’y a qu’un pas. "Si le premier Yann Moix dit vraiment en privé ce qu’il pense, alors le second Yann écrit en public ce qu’il sait ne pas être la vérité."

Pour l’heure, le principal intéressé n’a toujours pas réagi à ses accusations, et l’affaire pourrait bien se poursuivre devant les tribunaux. Le préfet du Nord-Pas-de-Calais précise qu’il a déjà proposé à l’auteur de communiquer ses images à la justice afin de lever le voile sur ses "accusations gravissimes."

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