L’Élysée veut choisir les journalistes qui suivront Emmanuel Macron lors de ses déplacements

L’entourage d’Emmanuel Macron dit ne plus souhaiter que le président soit systématiquement suivi par la presse politique…

Capture d'écran / Youtube

© YouTube

Premier conseil des ministres, premier point presse, premiers couacs. Jeudi 18 mai, le nouveau gouvernement du Premier ministre Édouard Philippe se réunissait pour la première fois au grand complet à l’Élysée pour le Conseil des ministres. Comme à l’accoutumée, de nombreux journalistes avaient été accrédités pour suivre l’arrivée et la sortie des ministres dans la cour de l’Élysée, la filmer et tenter d’avoir quelques déclarations des membres du gouvernement.

Contrairement à la tradition cependant, juste après l’arrivée des ministres, les journalistes présents ont rapidement été invités à quitter la cour du Palais de l’Élysée.

Interrogé sur le sujet lors du point presse qui a suivi le Conseil des ministres, le porte-parole de l’Élysée Christophe Castaner a indiqué que "ce n'[était] absolument pas une volonté de verrouiller la communication". "La photo officielle du gouvernement n’a pas été faite dans le cadre habituel, que nous connaissons. Il fallait pour cela une certaine liberté d’organisation." La photo officielle, d’habitude réalisée dans la Cour de l’Élysée, a pourtant cette fois été prise à l’intérieur du Palais…

"Nous ne choisissons pas les journalistes, nous indiquons notre préférence"

Les journalistes présents lors du point presse avaient une autre question à poser au porte-parole : selon une rumeur de plus en plus coriace, l’Élysée souhaiterait à l’avenir choisir quel journaliste de chaque rédaction suivra Emmanuel Macron lors de ses futurs déplacements présidentiels…

Le porte-parole Christophe Castaner est loin d’avoir démenti la rumeur :

"Il y a la volonté, notamment lors des déplacements, que le président de la République mais aussi celles et ceux qui l’accompagnent puissent avoir la liberté de déplacement, d’échanges avec les Français. Et vous savez comme moi […] que la présence de 50 journalistes, d’une dizaine de caméras nuit au dialogue direct et à l’échange que peut avoir le président de la République avec les Français. Il ne s’agit pas de contrôler, il ne s’agit pas d’imposer […]. Je souhaite réaffirmer pour le président de la République et le Premier ministre leur respect et leur attachement à vos conditions de travail."

Cette réponse n’a pas rassuré les journalistes déjà inquiets de l’organisation mise en place pour la presse dès le 19 mai, date à laquelle Emmanuel Macron fera son premier déplacement présidentiel à l’étranger, au Mali. Contacté par Marianne, un conseiller de l’Élysée explique : "Il n’y a pas de raison pour que l’Élysée soit systématiquement suivi par la presse politique. Nous voulons ouvrir l’accès à des journalistes spécialisés, en fonction des domaines abordés : économie, social, défense, diplomatie, sport… L’idée est de permettre à plusieurs journalistes de chaque rédaction d’avoir un regard sur la présidence, au lieu de s’enfermer dans un tête-à-tête avec quelques journalistes politiques."

"Nous ne choisissons pas les journalistes, continue le conseiller contacté par Marianne. Nous indiquons notre préférence pour chaque déplacement […]. Par exemple, on préfère avoir un journaliste défense sur un déplacement consacré à la défense. Si une rédaction veut quand même envoyer un journaliste politique, effectivement, ça peut créer de la tension."

En réponse à ces déclarations, une vingtaine de sociétés de journalistes de grands médias ont signé dans Libération une tribune intitulée : "Monsieur le Président, il n’appartient pas à l’Élysée de choisir les journalistes". En voici un extrait :

"Monsieur le Président, vous effectuez demain votre premier déplacement de chef d’État au Mali. Avant votre décollage, nous souhaitons vous transmettre nos inquiétudes quant à l’organisation de la communication présidentielle qui est en train de se mettre en place depuis votre entrée en fonction […]. Il n’appartient en AUCUN CAS à l’Élysée de choisir ceux d’entre nous qui ont le droit ou non de couvrir un déplacement, quel qu’en soit le thème (défense, diplomatie, économie, éducation, social…). Ce n’est pas au président de la République, ou à ses services, de décider du fonctionnement interne des rédactions, du choix de leurs traitements et de leurs regards. Ce choix relève des directions des rédactions et des journalistes qui la composent, qu’ils soient permanents ou pigistes, JRI ou reporters, photographes ou dessinateurs. Aucun de vos prédécesseurs ne s’est prêté à ce genre de système, au nom du respect de la liberté de la presse […]."