Libye : CNN a filmé des migrants vendus aux enchères sur un marché aux esclaves

Des journalistes du média américain CNN ont enquêté sur le trafic d’êtres humains à l’œuvre en Libye. Une vidéo filmée en caméra cachée qui ne fait que mettre au jour des faits connus depuis longtemps maintenant.

Mercredi 15 novembre, CNN a publié une vidéo après une enquête au sujet d’un trafic d’êtres humains qui a lieu en Libye. On peut y découvrir l’interview d’un jeune homme de 21 ans prénommé Victory, originaire de l’État d’Edo au Nigeria. Alors qu’il cherchait à rejoindre l’Europe, il a été vendu comme esclave en Libye. Après huit mois, il a pu payer sa rançon et est parvenu à s’enfuir.

Actuellement dans un centre de détention provisoire avant d’être renvoyé vers son pays d’origine, le Nigeria, il a témoigné pour CNN du système de rançon et de violence à l’œuvre en Libye :

"J’ai été vendu. Sur le chemin pour me rendre ici, j’ai été vendu. Au bout d’une semaine, ils ont commencé à me frapper pour que l’argent arrive rapidement.

Je suis resté huit mois avant de donner l’argent et de sortir. Si vous regardez la plupart des gens ici, si vous regardez leurs corps, vous verrez des marques."

"Ils sont battus avec des câbles électriques"

La description des sévices subis par ces réfugiés réduits en esclaves ne laisse pas place au doute quant à l’urgence humanitaire niée depuis des mois :

"Ils sont battus avec des câbles électriques. Ils rentrent même des objets pointus dans ton anus. Vous comprenez ? La plupart ont perdu la vie ici.

Beaucoup meurent tous les jours. Pas de coup de téléphone. Leurs familles pensent qu’ils sont morts, qu’ils ont perdu la vie. Alors qu’ils sont juste à un endroit, en train de souffrir."

Victory raconte son appréhension à l’idée de repartir dans son pays d’origine, après avoir passé sa vie à économiser pour le quitter et après avoir été pendant huit mois réduit en esclavage :

"Je rentre chez moi maintenant, je suis complètement frustré. Je ne sais pas par où commencer. Parce que j’ai passé ma vie à économiser pour quitter mon pays. Vous comprenez ? Je rentre dans mon pays maintenant. [Mes amis], avec qui j’ai commencé, la plupart sont en Europe maintenant. […] La plupart a grandi.

Je repars en arrière et je recommence à la case départ. C’est très douloureux. Très douloureux. Même quand l’on nous a donné de la nourriture et de l’eau ici. Ce n’est pas le problème numéro un pour moi. Le problème numéro un pour moi, c’est de recommencer à zéro parce que j’ai tout perdu. Ma mère a beaucoup perdu, donc c’est très difficile."

Et maintenant, on fait quoi ?

La United Nation for Human Rights a dénoncé par le biais de son haut-commissaire, Zeid Ra’ad Al-Hussein, un "outrage à la conscience humaine". Après la publication de ce reportage, ce dernier a déclaré que l’on ne pouvait "pas continuer à fermer les yeux sur les horreurs inimaginables endurées par les migrants en Libye" :

"La communauté internationale ne peut pas continuer à fermer les yeux sur les horreurs inimaginables endurées par les migrants en Libye, et prétendre que la situation ne peut être réglée qu’en améliorant les conditions de détention."

Pourtant, force est de constater que l’on ne peut prétendre tomber des nues puisqu’il y a sept mois déjà, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) avait dénoncé ce même trafic, évoquant "des marchandises à acheter, vendre et jeter lorsqu’elles ne valent plus rien". Un trafic qui grandit donc à son aise, décrié de temps à autre sans qu’aucune action concrète ne soit jamais mise en œuvre. Que fait-on maintenant ?

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