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Malgré la polémique, le festival afroféministe Nyansapo aura bien lieu cet été à Paris

La polémique autour du festival afroféministe Nyansapo a enflé ce week-end, à cause notamment des tweets d’Anne Hidalgo qui l’ont condamné ce dimanche 28 mai. Mais le collectif Mwasi a obtenu gain de cause, et pourra bien organiser l’événement.

© Festival Nyansapo, via Facebook

© Festival Nyansapo, via Facebook

La première édition du festival Nyansapo doit se tenir du 28 au 30 juillet à Paris. Il s’agit d’un "festival afroféministe militant à l’échelle européenne", qui consistera en des débats, des tables rondes et des expositions, et qui veut, selon ses organisatrices du collectif afroféministe parisien Mwasi, permettre de "construire des stratégies et des solidarités durables".

Pour ce faire, il sera divisé en plusieurs espaces : "80 % du festival" est non-mixte et réservé aux femmes noires, un deuxième espace est réservé aux personnes noires, et un troisième aux femmes "racisées". Seul un quatrième espace est "ouvert à tou-te-s", et c’est bien là la source de la discorde. En tête de ligne, le président du Front national d’Île-de-France, Wallerand de Saint-Just, et la LICRA. La maire de Paris, Anne Hidalgo, a également condamné, ce dimanche, l’organisation sur Twitter et parlé de poursuivre le collectif.

À l’origine, un "raid" de Jeuxvideo.com propulsé par le FN

La polémique fait écho à celle ayant entouré un "séminaire de 'formation à l’antiracisme' réservé uniquement aux victimes du 'racisme d’État'" organisé en août 2016 au Centre international de séjour de Reims. Il n’avait finalement pas été interdit parce qu’il était organisé par une "association privée" dans "un lieu privé" d’après le préfet de la Marne.

Ce qui n’est pas le cas du festival Nyansapo, puisqu’il doit se dérouler dans des locaux appartenant à la Mairie de Paris, loués à La Générale, une "coopérative artistique, politique et sociale". C’est en ce sens que la maire de Paris a annoncé vouloir "saisir le préfet de police" pour interdire l’événement. Libération considère cette prise de position comme "le dernier acte d’une polémique lancée par l’extrême droite et relayée par la Licra" :

"Wallerand de Saint-Just, trésorier du Front national, a été un des premiers à s’emparer du sujet en parlant, vendredi matin, d’un ‘festival interdit aux Blancs’. […] C’est l’extrême droite qui la première a lancé le sujet, via ses canaux habituels, et notamment le site Fdesouche."

Le collectif Mwasi est remonté plus loin, en démontrant que tout venait en fait du forum Jeuxvidéo.com, sur lequel des membres se sont organisés pour "faire interdire le festival afroféministe en faisant croire qu’il s’agit d’un festival 'interdit aux Blancs'". Une tribune de soutien publiée sur Mediapart, signée par des journalistes, des artistes et des enseignantes féministes et afroféministes, dénonce l’opération :

"Son mode d’action ? Lancer un 'raid', une opération de dénigrement collectif et continu sur plusieurs jours visant notamment, à l’aide de hashtags ciblés, des figures ou supports féministes jugé-e-s dérangeant-e-s et ayant une certaine visibilité sur les réseaux sociaux."

Après le FN, deux associations de lutte contre le racisme, la Licra et SOS Racisme ont condamné le festival, dénonçant pour la première un "repli identitaire", et pour la seconde "un très lâche entre-soi". Des attaques qui n’ont pas ébranlé le projet du collectif Mwasi, qui a qualifié la Licra d'"alliée" de la "fachosphère".

Les groupes non-mixtes, "une méthode de travail classique"

Pourtant, les rassemblements de réflexion non-mixtes ne sont pas nouveaux en matière de féminisme. Libération cite ainsi la sociologue Christine Delphy qui expliquait en 2006 :

"La pratique de la non-mixité est tout simplement la conséquence de la théorie de l’autoémancipation. L’autoémancipation, c’est la lutte par les opprimés pour les opprimés. Cette idée simple, il semble que chaque génération politique doive la redécouvrir. Dans les années 1960, elle a d’abord été redécouverte par le mouvement américain pour les droits civils qui, après deux ans de lutte mixte, a décidé de créer des groupes noirs, fermés aux Blancs."

Le journal rappelle également les mots des organisatrices du camp d’été "décolonial" qui s’était tenu à l’été 2016. Sihame Assbague et Fania Noël soulignaient qu’il ne s’agissait pas d’un "projet de vie" non-mixte, mais bien d'"universités d’été de trois jours réservées aux personnes directement concernées par le sujet". C’est précisément ce que La Générale a déclaré à LCI au sujet du festival Nyansapo : "Il s’agit d’une méthode de travail classique, dont l’utilité a été démontrée, pour que la parole puisse émerger librement et pour qu’une réflexion ouverte puisse prendre place sereinement."

Libération rapporte d’ailleurs que la Mairie de Paris finance au minimum un lieu non-mixte – une maison des femmes où les hommes ne sont pas acceptés – et est partenaire d’un festival cinématographique lesbien et féministe, également réservé "aux personnes s’identifiant en tant que femmes". Pour les signataires de la tribune de Mediapart, les raisons de la polémique autour du festival sont ailleurs :

"Ce qui dérange ici, c’est le fait que Mwasi soit une organisation composée de Noires. Ce n’est pas anodin que des espaces réservés aux femmes noires soient vus comme 'interdits aux blanc.he.s', alors qu’ils ne sont accessibles ni aux hommes noirs, ni aux membres d’autres communautés."

Un soutien qui a eu raison de la polémique

Une analyse partagée par beaucoup : la cagnotte lancée par le collectif pour financer un festival "gratuit et organisé bénévolement" a dépassé son objectif, et le hashtag #JeSoutiensMwasi était dans les Trending Topics sur Twitter ce dimanche 28 mai. Certains n’hésitaient d’ailleurs pas à faire le lien avec le Festival de Cannes, dont c’était la journée de clôture.

La mobilisation pour défendre le festival Nyansapo a finalement été fructueuse : ce lundi 29 mai, la préfecture de police et le cabinet d’Anne Hidalgo ont assuré au collectif Mwasi que le festival aurait bien lieu.