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Nicolas Hulot et 80 associations lancent un "Appel des solidarités"

Jeudi 23 mars, 80 associations ont lancé un "Appel des solidarités". En tête d'affiche, l'ancien journaliste écolo Nicolas Hulot, qui souhaite mobiliser contre le manque d'engagement généralisé et l'endurcissement qui affectent notre société, et ainsi lancer un grand élan de solidarité.

Depuis le 23 mars, tel un professeur des écoles, Nicolas Hulot fait l'appel. Tous ceux qui souhaitent lutter contre l'individualisme et remettre la cohésion sociale au centre du débat sont sommés de lever le doigt. Ainsi, comme le précise le communiqué de presse de l'initiative, par ce signe, on affirme la position suivante : "Je réponds à l’Appel, je suis et serai vigilant, intraitable sur la place des solidarités dans les orientations politiques."

Combattre les inégalités, mettre de côté l'égoïsme, cesser de feindre la cécité pour se débarrasser de toute culpabilité : c'est le travail que nous somment de faire conjointement 80 associations de tous horizons. Petites structures ou grosses ONG très médiatisées, elles ont choisi de s'associer pour établir un projet commun. Ainsi, depuis plusieurs mois, des organisations comme la Fondation Abbé Pierre, WWF France ou Osez le féminisme ! se sont penchées sur l'état de santé de la société française. Et le bilan est assez alarmant.

Elles ont notamment relevé des chiffres qui, isolés, tombent malheureusement dans la banalité. Néanmoins, si on en énumère quelques-uns, l'accumulation sonne comme un léger trop-plein : le 1 % le plus riche de la population détient 25 % des richesses nationales ; 3 millions de logements en France sont inoccupés ; 1 million de personnes ont basculé dans la pauvreté depuis 2008 ; le prix des terres agricoles a augmenté de 50 % entre 1995 et 2015 ; un tiers des paysans touchent moins de 350 euros par mois ; un jeune Français sur 5 vit sous le seuil de la pauvreté.

Des chiffres accablants

Vous en voulez encore ? On dénombre 15 000 personnes sans-abri en France et 140 000 sans domicile fixe. En outre, 83 % des Français sondés estiment que le système démocratique fonctionne mal et ne se sentent pas représentés. Dans le monde, 168 millions d’enfants travaillent. Pendant ce temps-là, une tomate produite hors saison, sous serre chauffée, émet jusqu’à dix fois plus de gaz à effet de serre qu’une tomate produite à l’extérieur et pendant la saison. En 2014, 1,8 million d’animaux ont été utilisés en France pour des expériences – alors que 80 % des Français jugent la cause animale importante. Un dernier pour la route ? La taxation des transactions financières européennes permettrait de dégager de 20 à 22 milliards d’euros par an pour financer des actions de solidarité.

Ça commence à faire beaucoup. À partir de ce constat, ces 80 associations ont donc lancé un appel. Ce dernier s'adresse :

"À celles et ceux qui ont l’impression que quelque chose ne tourne pas rond.
À celles et ceux qui ne se sentent pas bien représenté(e)s, ni écouté(e)s.
À celles et ceux qui vivent une réalité en décalage avec celle qu’on voit sur les écrans.

À celles et ceux qui continuent de s’entraider là où on nous dit qu’il faudrait se replier. À lutter contre la discrimination et l’exclusion. À protéger la nature que d’autres veulent détruire, surexploiter ou épuiser.
À celles et ceux qui sont parfois envahi(e)s par un sentiment d’impuissance ou de désarroi.
À celles et ceux qui se croient seul(e)s à penser comme ça.

À celles et ceux qui ne s’empêchent pas de rêver que, peut-être, il n’est pas trop tard pour changer de cap. Et que ça, c’est déjà commencer à changer le monde.
À celles et ceux qui considèrent que notre destin est ce que nous avons en commun. Que la solidarité, c’est résister et construire l’avenir. Qu’ensemble, nous formons une force immense que rien ne peut arrêter.

À celles et ceux-là, nous adressons l’Appel des Solidarités. L’Appel à se rassembler, se compter, pour que les cinq caps des Solidarités guident toute action et toute décision politique dans le prochain quinquennat. "

"Nous avons un énorme pouvoir, faisons-le savoir"

Pour l'occasion, la statue de la Liberté parisienne, située sur l'île aux Cygnes au milieu de la Seine, symbole de la solidarité et de l'entraide, a été rhabillée. Mais, au-delà du coup de communication nécessaire pour mettre le projet en lumière, il ne s'agit pas de belles paroles prononcées en l'air pour se donner bonne conscience.

Comprendre qu'écologie, égalité et solidarité ne sont pas synonymes d'irréalité : voilà la vision de ces associations qui proposent des solutions pratiques et non uniquement théoriques. En effet, de vraies propositions concrètes sont énoncées par ce projet élaboré en partenariat avec Konbini, Change.org, Kawaa ainsi que le mécénat de compétence de Havas Worldwide. De surcroît, la plateforme Make.org offre également aux citoyens qui ont répondu "présent" de faire des suggestions à l'échelle de chacun. Partir du bas pour aller vers le haut et non trouver des solutions dans un bureau, voilà une forme de renouveau qui rend bien plus audible cet appel.

Les députés nouvellement élus en juin recevront un dossier regroupant toutes ces sollicitations lors de la rentrée parlementaire de septembre. Les associations en ont déjà proposé 500, que viendront compléter celles des internautes. Si vous souhaitez vous aussi faire entendre votre voix, c'est par ici.

En outre, de fin mars à fin avril, dans le cadre du Printemps citoyen, Kawaa (une plateforme promouvant les initiatives sociales locales) propose un agenda de tous les colloques, événements, manifestations qui seront autant d'occasions de discussions et de débats. Dès maintenant, on peut mentionner que Nicolas Hulot viendra expliquer sa démarche dans sept villes de France durant le mois qui arrive. Il sera le 24 mars à Paris, le 28 à Lyon, le 1er avril à Nantes, le 4 à Rennes, le 6 à Toulouse, le 13 à Bordeaux et le 19 à Lille. Des dizaines d'autres évènements sont d'ores-et-déjà organisés, à retrouver sur l'agenda du Printemps citoyen.

Donner aux politiques un "mandat impératif"

Là où cela prend une dimension encore plus intéressante, c'est que le projet n'émane pas d'un parti politique. Cet appel, qui vise à "mettre les solidarités au cœur des politiques publiques" est destiné à ceux "qui veulent imprimer durablement les solidarités dans l’ADN d’une démocratie en manque de repères". Il n'est pas question ici de lancer un appel aux partis politiques où le premier qui répondrait serait le grand gagnant du trophée de la solidarité.

En effet, comme l'explique celui qui a refusé le poste de ministre de l'Écologie : "Il ne s’agit pas d’interpeller les candidat(e)s comme les enfants tirent sur la manche d’un adulte, mais bien de leur donner un cap, un mandat 'impératif '."  Il s'agit donc d'un cadre "non partisan", où la gauche n'est plus détentrice du "monopole du cœur", l'écologie n'est plus l'apanage des verts et le partage n'est plus substitut de l'adjectif "communiste".

Il y a dans cette démarche la volonté de bouleverser la relation dominant/dominé :

"Jusque-là, les ONG étaient régulièrement convoquées par le gouvernement. Il est temps d’inverser le rapport de force. [...] Pas question de faire l’Appel des candidats, ni de les interpeller. C’est l’adhésion citoyenne qui permettra [aux solidarités de s’imposer d’elles-mêmes], de devenir le mandat de tous les responsables politiques bien au-delà de l’échéance présidentielle."

Le hashtag #répondonsprésent a été créé pour que chaque citoyen prenne conscience qu'il a une place dans la sphère publique. En débarrassant cette action de toute considération politicienne, en considérant que la cause est trop importante pour être associée à tel ou tel parti, l'agora retrouve l'essence qui est la sienne. L'ancien animateur de télévision a précisé lors d'une interview au micro de France Inter : "Ce n'est pas à nous de nous substituer à la conscience du citoyen", et développe :

"Et si nous n’attendions plus un homme ou une femme providentiels pour nous accorder sur l’essentiel ? Et si en 2017 les solidarités devenaient un impératif pour les prochain(e)s locataires de l’Élysée et de l’Assemblée ?"

Si vous souhaitez répondre présent(e), vous pouvez le signaler sur le site Internet ou le signifier, gratuitement, par SMS au 32321 en tapant le mot "PRESENT!".

"Les initiatives populaires peuvent payer"

Konbini a demandé à Joséphine Massot, une jeune étudiante de 21 ans, originaire de Malakoff dans le département des Hauts-de-Seine, ce qu'elle en pensait. Elle n'avait jamais entendu parler de l'Appel des solidarités. Selon elle, après avoir passé en revue ce projet et malgré ses réticences concernant la qualité "utopique" de ces "bien bonnes intentions", le projet l'a convaincue, par sa dimension participative, concrète et interactive :

"Alors moi, je trouve ça super intéressant l'idée de donner plus de poids aux citoyens en les rassemblant autour d'un même 'mouvement' et ça me donne vraiment envie de m'y intéresser plus, parce qu'on a quand même une grande tendance à râler tout le temps, mais on ne fait rien de concret pour que cela change. Et le fait qu'il n'y ait pas d'étiquette politique rend l'initiative plus crédible dans le climat actuel. Cependant, il faut voir dans quelle mesure ça se concrétise."

Actuellement en Erasmus à Bucarest, Joséphine a pris part aux manifestations qui ont secoué la Roumanie et occasionné un vrai réveil démocratique en février dernier. C'est ainsi que son regard sur le pouvoir qu'elle détient en tant que citoyenne a changé :

"Nous, les jeunes, on se plaint, mais souvent on ne prend pas d'initiative. Néanmoins, l'exemple des manifestations en Roumanie nous montre que, parfois, notre voix peut être entendue et les initiatives populaires peuvent payer. Et, à mon sens, dans une démocratie, elles doivent nécessairement payer."

À l'instar de Joséphine, et même s'ils n'ont pas été directement sollicités, Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron ont d'ores-et-déjà indiqué être "présents".

À voir -> Le Speech de Nicolas Hulot