Choqué et déçu, Nicolas Hulot a séché la fin des États généraux de l’alimentation

L’extrême timidité des conclusions de ce grand rendez-vous des agriculteurs et des distributeurs a exaspéré le ministre de la Transition écologique.

Nicolas Hulot en juillet dernier après la présentation du Plan climat. (© Le Pictorium/Barcroft Images/Barcroft Media via Getty Images)

Nicolas Hulot boude. C’est lui qui s’était démené pour organiser les États généraux de l’alimentation, lui qui croyait que cet événement lui permettrait d’infléchir la ligne écologique du gouvernement, lui qui y voyait l’occasion de faire entendre sa voix. Que nenni. D’après le ministre de la Transition écologique, les conclusions de l’événement "ne sont pas à la hauteur de la qualité du travail extraordinaire et des propositions qui ont été faites dans les ateliers". Et rien de tel qu’un boycott ostentatoire, commenté par l’intéressé dans les colonnes du journal Le Monde, pour exprimer son mécontentement et expliquer les raisons de son absence lors de la clôture de l’événement.

"Je ne vais pas aller faire le beau"

Nicolas Hulot y livre des déclarations sans langue de bois, un style des plus rafraîchissants comparé à l’indigeste soupe verbale qu’on nous sert régulièrement sur les plateaux télé. "Je ne vais donc pas aller faire le beau ou aller dire dans un micro que le compte n’y est pas", lâche-t-il ainsi en marge des états généraux. Tandis que son entourage confie :

"Il était furieux quand il a lu les conclusions."

Une mauvaise humeur manifeste que Nicolas Hulot a tenu à tempérer dès le lendemain. "Je suis 100 % en phase" avec le Premier ministre Édouard Philippe, a-t-il assuré, mettant son ton acerbe de la veille sur le compte de la communication qui lui "échappe un peu".

Mais cette rectification sonne un peu creux. On peine à imaginer qu’il se satisfasse d’un événement décrit en ces termes par une responsable de la fondation qui porte son nom : "Quasiment pas d’annonces concrètes, pas d’engagements financiers, mais beaucoup de communication."

Pas de démission en vue

Les propos de Nicolas Hulot n’ont pas manqué de relancer les intarissables rumeurs sur son éventuel départ du gouvernement. Depuis sa prise de fonctions, le ministre se trouve en décalage avec la politique de l’exécutif sur de nombreux dossiers : nucléaire, glyphosate… L’affaire des États généraux sera-t-elle la goutte d’eau qui fera déborder le vase ?

Pas du tout, assure l’intéressé, "c’est un fantasme médiatique qui m’échappe". Pourtant, les signaux ne manquent pas… Mais les proches d’Emmanuel Macron assurent tenir à sa présence au sein de l’équipe gouvernementale. "Nicolas Hulot est quelqu’un d’extraordinairement utile et précieux […] et il n’est pas question de son départ à ce que je sache", a ainsi déclaré le chef du groupe parlementaire En marche (LREM) Richard Ferrand. Un gouvernement, ce n’est pas une armée. Il peut y avoir des nuances, des sensibilités différentes […] C’est même riche qu’il y ait cette variété." Une mine d’or que l’équipe gouvernementale n’a toutefois pas l’air décidée à exploiter.