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Nicolas Sarkozy se confie à Sciences Po et sort quelques perles

Après un long silence, Nicolas Sarkozy s’est confié au magazine des anciens de Sciences Po, Émile. Il est revenu sur ses jeunes années, sa vision du pouvoir et ses échecs… avant de donner quelques conseils à Emmanuel Macron.

Durant sa jeunesse bien remplie, Nicolas Sarkozy a fait un court passage par Sciences Po Paris. Visiblement nostalgique, l’ex-président est sorti de son silence en accordant une interview à Émile, le magazine des anciens élèves de l’école. Une invitation à "remonter le temps", à laquelle il s’est prêté avec humour. Avant d’évoquer l’avenir.

(© Aurélien Meunier/Getty Images)

"Dès 14-15 ans, j’avais déjà compris que, lorsque je prenais la parole en classe, mes camarades m’écoutaient"

Désireux de cerner l’étudiant qu’était Nicolas Sarkozy au cours de ses études au 27 rue Saint-Guillaume, les étudiants de Sciences Po l’ont interrogé sur son éveil à la politique :

"Je serais bien incapable de vous dire à quel moment je ne me suis pas intéressé à la politique. Dès 14-15 ans, j’avais déjà compris que, lorsque je prenais la parole en classe, mes camarades m’écoutaient. […] Tout de suite, j’ai vu que, quand j’étais dans un endroit, immédiatement, je pouvais avoir un projet, diriger, animer, entraîner, impulser".

 

"Si on veut une vie plus tranquille, où personne ne dit du mal de vous dans les dîners en ville, on fait un autre métier"

L’ancien chef de l’État le sait : son personnage politique a divisé les Français comme peu d’autres avant lui. "Vous êtes, au cours des deux dernières décennies, un des hommes politiques français qui a suscité le plus d’identification positive (renouveau, audace, courage…), mais aussi le plus d’opposition", avance Anne-Sophie Beauvais, la rédactrice en chef d’Émile. Un statut que Nicolas Sarkozy assume avec un certain lyrisme :

"Quand vous montez à l’arbre le plus haut de la forêt, il n’y a pas autant d’ombre qu’en bas et le vent souffle plus fort ! Donc, arrêtons avec ça, c’est la politique ! Et si on veut une vie plus tranquille, où personne ne dit du mal de vous dans les dîners en ville, on fait un autre métier… On devient universitaire [sourire]. J’ai choisi cette vie-là, je n’en ai jamais voulu une autre."

 

"L’échec n’est jamais décevant, le succès l’est souvent"

Interrogé sur ses deux défaites récentes – à l’élection présidentielle de 2012 et aux primaires de la droite en 2016 –, l’ancien maire de Neuilly se veut pragmatique. L’échec, il le vit bien. Et le voit comme un moteur :

"Savoir gagner, c’est à la portée de tout le monde. J’ai compris dans la vie qu’il y avait plus d’échecs que de succès. L’échec n’est jamais décevant, le succès l’est souvent, ne serait-ce parce qu’il passe très vite. En plus, les gens ne vous regardent pas, ils regardent le soleil, la lumière. Dans l’échec, c’est vous qu’ils regardent. Je ne garde aucun souvenir de mes succès, je garde un souvenir très précis de mes échecs. Il n’y a pas de noblesse si on ne sait pas perdre."

 

"Je suis comme le héros de Dostoïevski dans Crime et Châtiment"

Oui, il y a bel et bien une vie après l’Élysée. Nicolas Sarkozy ne semble pas avoir tiré un trait sur la politique, et il l’exprime, comme à son habitude, à travers une référence littéraire inattendue :

"Vous croyez que la vie commence quand on entre à l’Élysée et qu’elle s’arrête quand on en sort ? Je suis comme le héros de Dostoïevski dans Crime et Châtiment : 'La renaissance lente mais certaine.' On renaît d’un échec professionnel […]. J’ai une fille de 5 ans et demi, ma femme Carla, mes garçons, je voyage dans le monde entier. […] Donc ma vie continue, elle n’était pas entre parenthèses. Et puis, si on m’avait dit quand j’étais entré rue Saint-Guillaume qu’un jour, je serais président de la République… Eh bien, je l’aurais cru d’ailleurs !"

 

"Sans transgression, sans rupture des habitudes, sans pensées libres, il n’y a pas de progrès. […] Macron y est arrivé, c’est vrai, et ce n’est pas si facile"

Nicolas Sarkozy le concède, Emmanuel Macron et lui ont beaucoup en commun dans leur façon d’appréhender l’exercice du pouvoir :

"Sans transgression, sans rupture des habitudes, sans pensées libres, il n’y a pas de progrès. C’est pour ça que c’est très important. Il n’y a pas, par exemple, de progrès scientifique sans rupture. Le premier qui a dit que la terre était ronde a transgressé beaucoup de choses. Lorsque Pasteur, pour éviter la maladie, a décidé d’inoculer la maladie, n’a-t-il pas aussi été très transgressif ? Je pourrais multiplier les exemples. Macron y est arrivé, c’est vrai, et ce n’est pas si facile."

 

"Le président français doit être un grand européen"

Fidèle à lui-même, il ne résiste pas, à la fin de l’interview, à l’envie de prodiguer ses conseils au nouveau président :

"Le président français doit être un grand européen. Il faut proposer un nouveau traité. C’est vraiment très important. Ensuite, le calendrier du président de la République est simple : c’est tout de suite ! […] C’est notamment vrai pour la baisse des impôts. Troisièmement, la question de la réforme de la justice. La justice est un pouvoir indépendant, il ne peut pas exister de pouvoir sans contre-pouvoir, sans équilibre des pouvoirs. […] Et enfin, les destins de l’Europe et de l’Afrique sont liés. L’Afrique va passer d’un milliard d’habitants à 2,3 milliards d’habitants d’ici à trente ans. Comment maîtrise-t-on les flux migratoires ? C’est aussi une question importante pour l’avenir."

Politique, société, musique, culture urbaine.