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Non, le Front national n'a rien de féministe

À celles et ceux qui seraient tenté.es de voter Le Pen parce qu'elle est une femme, on vous explique pourquoi le programme du Front national (FN) est dangereux pour toutes les femmes.

La présidente du front national en meeting à Lyon, le 5 février 2017. (© François Pauletto/Corbis via Getty Images)

La présidente du Front national en meeting à Lyon, le 5 février 2017. (© François Pauletto/Corbis via Getty Images)

C'est la seconde fois que cela arrive, et c'est assez rare pour mériter d'être souligné. Une femme est au second tour de l'élection présidentielle. Mais pas n'importe quelle femme, une femme qui a pu accéder au pouvoir grâce à son père, reprenant le flambeau d'un parti traditionnellement misogyne. Si Marine Le Pen est bien une femme, il est urgent de rappeler qu'elle ne défend celles-ci que pour proférer sa haine du multiculturalisme et que le Front national a toujours, et encore aujourd'hui, empêché les femmes de se libérer du patriarcat.

"La jeunesse emmerde le Front national" chantaient Loran et Fanfan, récemment repris par Laurent Garnier. C’est un soir de novembre 1989 que "Porcherie", l’hymne punk de Bérurier noir, a résonné pour la première fois à l’Olympia. Pendant ce temps, Marine Le Pen dansait le rock aux Bains Douches, enchaînant les clopes et les coupes de champagne cul sec, comme on l’apprend dans La Jeunesse cachée de Marine Le Pen, sa biographie non autorisée écrite par deux journalistes des Inrocks.

Qu’on soit de la génération X ou Y, avec NTM ou Noir Désir, on a souvent dit non à l’extrême droite. J’avais 13 ans quand j’ai emmerdé le Front national pour la première fois. C’était en 2004, deux ans après avoir découvert, plantée devant ma télé, la tête de Jean-Marie au second tour de l’élection présidentielle. Avec ma classe de 5e B composée de filles, de garçons, de Noirs, de Blancs, de ceux qui ne mangaient pas de porc et d’autres pas de brocoli, on chantait "Marine", le tube de Diam's, et scandait tous en chœur "Moi, j’emmerde, j’emmerde, qui ? Le Front national !".

 Depuis je continue d’emmerder Marine et son parti. Comme ce matin de 2012 après l’avoir entendue à la radio parler d’"IVG de confort" et se positionner contre la parité. Selon la nouvelle chef du FN, les femmes "qui ont compté en politique" n’ont pas eu "besoin de loi sur la parité". Non, c’est sûr, Marine Le Pen a juste eu besoin de papa.

Car malgré leur récente dispute, Marine est toujours la fille de son père. Un homme qui, avouons-le, avait du mal à parler aux femmes. En 1996, Jean-Marie Le Pen s’adressait directement à nous dans Le Parisien : "L’affirmation que votre corps vous appartient est tout à fait dérisoire. Il appartient à la vie et aussi, en partie, à la Nation." Depuis, Marine pèse un peu plus ses mots, mais le fait qu’elle soit une femme ne change pas grand-chose à ses idées. Cependant, depuis que la fille Le Pen dirige le parti, l’électorat féminin du Front national ne cesse de croître. Alors qu’en 2007, les femmes n’étaient que 7 % à voter FN contre 11 % d’hommes, elles faisaient en 2012 jeu égal avec ces derniers, à environ 18 %. C’est donc sur les femmes que Marine Le Pen mise pour l’emporter cette année.

Lors de son premier grand meeting à Lyon, dimanche 5 février, elle a dégainé l’arme de séduction massive : le tract de type magazine people.

Marine à la plage

Sorte de mélange entre Femme actuelle et Closer, ce dépliant tiré à 4 millions d’exemplaires ne s’adresse qu’aux femmes. C’est bien connu, les femmes ne lisent pas les journaux sérieux, elles ne s’intéressent qu’à la popote et aux potins, alors on s'adapte à elles. Bien joué, le service de com’ du FN. Ainsi, ce pseudo magazine féminin présente la candidate sous toutes les coutures. Marine "la mère", "l’avocate" ou encore "la présidente", on dirait un mauvais remake de Martine à la plage (photo de l’intéressée accoudée à un rocher à l’appui).

Elle trinque avec sa "copine" Karine Le Marchand (qui a ensuite demandé à ce que son image ne soit pas utilisée par le FN), pose avec ses sœurs, pouponne et travaille même en minijupe. C’est Donald Trump, son modèle, qui doit être content, lui qui veut que ses collaboratrices "s’habillent comme des femmes". Mais Marine n’est pas une femme comme une autre, elle est "une femme libre". Elle a fait ses études de droit "d’une traite", elle "agit dans un monde d’hommes", elle a même fait "trois enfants en un an !" (ce qui est techniquement impossible). En fait, Marine c’est Superwoman. C’est évident, "en tant que femme", elle a "une vraie légitimé pour parler des femmes".  Heureusement que Marine est là pour nous sauver du patriarcat.

Deux jours plus tard, Elisabeth Badinter, interrogée à ce sujet sur France Inter, dit que l’élection de Marine Le Pen serait "peut-être une victoire du féminisme" ("mais pas pour la démocratie", a-t-elle précisé). Une victoire pour la démocratie, vraiment ? Au programme, le salaire parental. "Le progrès pour les femmes, c’est de rester à la maison", prônait la candidate en 2012.

L'avortement dans le viseur

Lors des élections régionales de 2015, le FN parle de supprimer les subventions au Planning familial. Marion Maréchal-Le Pen, députée du Vaucluse, estime que l’association porte une "idéologie" qui "défend le mariage homosexuel, la théorie du genre ou l’accueil des réfugiés". Et surtout l’avortement, dans le viseur du Front national depuis sa légalisation. Lors d’un débat sur les inégalités hommes-femmes au Parlement européen, Aymeric Chauprade, chef de la délégation FN, assure carrément que l’avortement est "une arme de destruction massive contre la démographie européenne".

Il y a deux mois, en décembre 2016, Marion Maréchal-Le Pen semait le doute sur l’Intrevention volontaire de grossesse (IVG) en parlant de son déremboursement. Son argument ? Il faudrait "responsabiliser les femmes",  dit-elle, car "ce n’est pas à l’État de payer leurs inattentions". Pire encore, elle affirme haut et fort que le déremboursement de l'IVG "permettrait aux femmes d’avoir des enfants", peu importe qu'elles en aient envie. Une chose est sûre, Marion n’est pas féministe, et pour cause, elle déteste celles et ceux qui le sont. D’après elle, les féministes font "du zèle", simplement parce qu’elles se sentent "en concurrence avec les hommes".

Quant à la présidente du Front national, même si elle a recadré sa nièce sur l’IVG, ses positions n’ont rien de féministes. Alors qu'en 2013, les députés FN votaient contre la loi sur la prostitution. Marine Le Pen, elle, éludait carrément le problème, répétant qu’"hélas, c’est le plus vieux métier du monde". L’été dernier, le FN a voté contre un amendement de la Loi Égalité et citoyenneté visant à rendre inéligible un député coupable de violence. D’ailleurs, la candidate à la présidentielle n’a pas condamné l'agression et le viol présumé de Théo par un policier. Au niveau européen, les députés FN se sont exprimés contre les deux textes en faveur de l’égalité femmes-hommes. En somme, le Front national a constamment voté contre tous les textes en faveur des droits des femmes.

"Je suis une femme et en tant que femme…", entonne Marine Le Pen dans son clip de campagne. Qu’elle cesse de nous prendre pour des idiotes, être une femme ne veut pas dire être féministe, c’est aussi réducteur que d’affirmer que les hommes ne peuvent pas l’être. Alors face à la menace qui pèse sur les droits des femmes, il nous reste plus qu'à continuer à emmerder le Front national.