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Peut-on faire confiance aux sondages ?

L'année 2017 et ses élections primaires, présidentielle et législatives sont du pain bénit pour les instituts de sondage français et fournissent des sujets tout cuits aux rédactions de médias. S'ils sont régulièrement accusés d'être pro-Macron, aucun soutien envers un candidat n'a été prouvé de la part des instituts de sondage.

© Chesnot/Getty Images

© Chesnot/Getty Images

Après de nombreuses rumeurs et la propagation exponentielle d'un récent tweet laissant entendre que les propriétaires d'instituts de sondage étaient tous des soutiens du candidat d'En marche ! Emmanuel Macron, favorisant ainsi sa candidature auprès de l'opinion publique, les Décodeurs du Monde ont passé au crible les différents propriétaires des instituts de sondage afin de vérifier ces allégations. Le quotidien du soir souligne que les informations sur lesquelles s'appuient ces rumeurs sont "obsolètes, voire fausses".

Si Laurence Parisot soutient en effet Emmanuel Macron, elle n'est plus propriétaire de l'Ifop depuis novembre 2016. Le Monde rappelle également que le frère de Florian Philippot, Damien Philippot, était directeur d'études au département opinion de l'Ifop jusqu'en novembre 2016. Concernant Ipsos, l'homme d'affaires François Pinault n'en est plus actionnaire depuis 1999. Le cas BVA, qui serait possédé par la banque Rothschild, où Emmanuel Macron a travaillé pendant six ans, est aussi erroné puisque ce n'est plus le cas depuis 2007. Le fonds d'investissement américain Fidelity cité dans les cas de Sofres et d'Ipsos ne détient pas de part chez Sofres. L'actionnaire principal de l'institut Ipsos est son fondateur, Didier Truchot. Mais ni Konbini ni Le Monde n'ont trouvé la preuve tangible d'un quelconque lien entre M. Truchot et Emmanuel Macron. En somme, ces informations ne sont pas fausses dans l'absolu, mais ne sont plus d'actualité.

Des sphères qui s'entrecroisent

En revanche, Vincent Bolloré est bel et bien propriétaire, en plus de Vivendi et du groupe Canal, d'Havas et donc de facto de l'institut CSA, qui en fait partie. Selon un témoignage anonyme d'un proche du candidat d'En marche ! rapporté par le magazine Marianne  : "[…] Bolloré, il l'appelle Pompidou, car pour lui il incarne la modernité !" Vincent Bolloré verrait donc effectivement d'un bon œil la candidature de l'ancien banquier d'affaires et ex-ministre de l'Économie de François Hollande.

S'il n'est donc pas prouvé que ces directeurs d'instituts de sondage soutiennent Emmanuel Macron, on ne peut nier les proximités entre les amis des politiques et les instituts de sondage et plus largement les médias. Par exemple, Nicolas Bazire, proche de Nicolas Sarkozy dont il fut le témoin lors de son mariage avec Carla Bruni, fut également administrateur de l'institut Ipsos. Il n'en résulte donc pas moins que les sphères médiatique, politique, économique et de l'information ne cessent de s'entrecroiser et les sondages, leurs résultats, leur fiabilité ainsi que la confiance que l'on peut leur accorder en pâtit.

L'affaire des sondages de l'Élysée sous la présidence de Nicolas Sarkozy témoigne de leur importance dans les stratégies des gouvernants ainsi que celles de leurs opposants. Cette polémique éclata en 2009 après un rapport de la Cour des comptes mettant au jour des dépenses de l'État allant jusqu'à 1 million et demi d'euros sur un an en sondages d'opinion et ce après un contrat signé avec Publifact, l'entreprise d'un proche de M. Sarkozy, Patrick Buisson. On a considéré que les questions posées étaient plus celles d'un candidat en campagne que celles d'un président de la République car portant plus sur la vie privée ou l'opposition que les mesures gouvernementales, témoignant de l'importance de ces données pour qui veut de conquérir l'opinion.

L'Ipsos était d'ailleurs le prestataire attitré de l'Elysée entre 1981 et 2007, ce qui confirme l'enjeu important que constituent ces études et leurs résultats. Son ancien coprésident, Jean-Marc Lech, s'est même désigné dans son livre Sondages privés, les secrets de l'opinion (éd. Stock) comme étant le "sondeur attitré de MM. Mitterrand et Chirac". Il raconte également, avec le conseiller Jacques Pilhan, être allé jusqu'à "bloquer la publication d'un sondage" :

"Lors d'une joute télévisée l'opposant à Jacques Chirac, Laurent Fabius, pour lequel nous intervenions, n'a pas supporté le qualificatif de 'roquet' et, d'un revers de la main dédaigneux, a signifié que l'on devait de la révérence au 'Premier ministre de la France'. En catastrophe, nous avons réussi à bloquer la publication du sondage Ipsos sur l'émission dont les résultats étaient navrants pour Fabius."

La méthodologie en question

Les sondages constituent en effet de vrais arguments centraux de communication politique car ils influencent grandement l'opinion publique. Couplés à une couverture médiatique orientée de telle ou telle manière, ils peuvent véritablement peser énormément dans les choix d'un peuple. Les chiffres ne valent rien sans leur lecture. Les tournures de phrase "n'exclurait pas de voter" ou "ne dirait pas non" deviennent rapidement dans les médias "les jeunes vont élire" ou "vont se tourner vers" et c'est ainsi que l'on eut désigné Emmanuel Macron comme seul candidat capable de battre le Front national, après avoir désigné ce parti comme forcément faisant partie du second tour et avant d'ériger tout de go Jean-Luc Mélenchon comme nouveau principal challenger de cette dernière, éclipsant sans mesure Benoît Hamon.

D'ailleurs, il est évident que l'idée même de "vote utile" n'aurait pu émerger sans ces sondages et la lecture parfois erronée qui en est faite. Si les chiffres permettent de prendre le pouls d'un peuple, ils ne faut pas oublier que les sondages ne sont pas une science exacte, d'autant plus qu'il est trop régulièrement oublié de publier en complément de ces derniers les marges d'erreur qui en sont pourtant inhérentes.

Si la réglementation des sondages est stricte et destinée à empêcher les sondeurs de biaiser une étude, la formulation des questions, la méthode employée – le plus souvent celle des quotas – et la présentation des résultats influence nécessairement la perception que l'on va avoir à la publications de ces chiffres qui, pourtant, se contredisent jour après jour. Dans la vidéo ci-dessous, Ludovic Torbey, du collectif Osons causer, explique assez bien les questions que posent cette méthode de mesure de l'opinion, sa rémunération, la manière dont les questions sont enchaînées, les conditions dans lequel ces sondages sont réalisés et les concepts de "biais de présentation, d'échantillon et statistique".