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Pourquoi organiser une primaire de la gauche, si c'est pour ne pas respecter le choix des électeurs ?

Après les nombreuses défections de ténors du Parti socialiste au profit d'Emmanuel Macron, Saskia*, une lectrice de Konbini, se demande l'intérêt d'avoir mis en place une primaire de la gauche en vue de la présidentielle.

Source © Benjamin Boccas / Flickr

© Benjamin Boccas/Flickr/CC

Fin janvier, comme près de deux millions de Français, j'ai voté à la primaire de la gauche, dite "primaire de la Belle Alliance populaire". Les dimanches 22 et 29 janvier, j'ai pris du temps : je suis allée à mon bureau de vote, j'ai payé un euro à chaque tour du scrutin, j'ai signé une charte disant que je me reconnaissais "dans les valeurs de la gauche et de la République, dans le projet d’une société de liberté, d’égalité, de fraternité, de laïcité, de justice et de progrès solidaire" et, dans l'urne, j'ai fait un choix qui ne regarde que moi.

Avant ce vote, j'ai regardé des heures de débat entre les candidats de cette primaire. Quatre débats. Quatre long débats regardés jusqu'au bout, sans zapper, même lors des moments les plus ennuyeux et les plus gênants. Je voulais voter en connaissance de cause. Je voulais contribuer, de façon sérieuse, à choisir celui ou celle qui représenterait la gauche à la prochaine élection présidentielle.

Le soir du 29 janvier, date du second tour de la primaire, le résultat est tombé. Et malgré les couacs du Parti socialiste lors de l'organisation de cette primaire, le vainqueur était incontesté : avec 59 % des voix, Benoît Hamon devenait le candidat de la gauche pour la présidentielle. Dans sa majorité, le peuple de gauche, que l'on avait consulté, avait fait son choix.

Source © Les Primaires Citoyennes / Capture d'écran

© Les Primaires citoyennes

Mais dès que les électeurs ont fait leur choix, au lieu de se rallier derrière le vainqueur de cette primaire et de travailler ensemble à sa candidature, quitte à ce qu'il mette de l'eau dans son vin pour certaines mesures ou qu'il aille plus loin pour d'autres, plusieurs personnalités de gauche l'ont tout simplement lâché, sans honte.

"Quel message souhaitez-vous nous envoyer ?"

Quel était l'intérêt de cette primaire, si ce n'était de réunir le peuple de gauche derrière un seul candidat ? Pourquoi nous casser la tête pendant des semaines, mobiliser des bénévoles pour l'organisation de cette primaire et faire de la communication dans tous les médias, si l'objectif était de ne pas respecter la volonté du peuple de gauche ? Car depuis la fin de la primaire, c'est quasiment tous les jours que l'on apprend dans les médias la défection de personnalités socialistes partant soutenir Emmanuel Macron, un candidat qui avait tout bonnement refusé de participer à la primaire de la Belle Alliance populaire. En soutenant Emmanuel Macron, quel message souhaitez-vous nous envoyer ? "Nous vous avons demandé votre avis, et finalement, nous considérons que votre choix n'est pas le bon. Comme vous êtes des enfants, nous, les grands ténors du PS, préférons individuellement soutenir un autre candidat. Nous vous demandons de faire comme nous. C'est pour votre bien. Les enfants, votre vote n'était pas le bon."

Avez-vous ne serait-ce qu'un instant pensé à vous unir derrière le vainqueur de cette primaire pour tenter de donner du poids à la candidature de la gauche pour cette présidentielle, ou cette primaire n'était-elle en fait qu'un leurre ?

En 2011, après des débats tendus, le Parti socialiste s'était rallié derrière la candidature de François Hollande, qui avait remporté la primaire citoyenne de l'époque. En novembre dernier, pour la première fois de son histoire, la droite organisait elle aussi une primaire. Son vainqueur, François Fillon, a été soutenu par la droite et le centre. Il est vrai que depuis, l'affaire Penelope Fillon a quelque peu brisé cette belle unité, mais c'est une autre histoire.

Quand ce fut notre tour, à nous la gauche, de respecter les engagements de notre primaire, le résultat fut le chaos...

À quelques semaines du premier tour de la présidentielle, alors que le Front national est aux portes du pouvoir, la gauche semble avoir complètement manqué l'occasion d'être audible dans cette campagne. Le Parti socialiste a aussi définitivement bafoué la volonté des électeurs de la primaire citoyenne. Si Emmanuel Macron était celui que vous vouliez, il ne fallait pas nous demander notre avis, il ne fallait pas organiser ces primaires.

Aujourd'hui plus que jamais auparavant, j'ai définitivement mal à ma gauche.

 

* Le prénom a été modifié