Robert Mugabe démissionne après 37 ans passés à la tête du Zimbabwe

"Moi Robert Gabriel Mugabe […] remets formellement ma démission de président de la République du Zimbabwe avec effet immédiat" : mardi 21 novembre, le président du Zimbabwe, à la tête du pays depuis près de 37 ans, a annoncé qu’il démissionnait de ses fonctions. De nombreuses scènes de liesse ont été observées à travers le pays.

Robert Mugabe lors d’un déplacement en Afrique du Sud, en octobre (© Deaan Vivier/Foto24/Gallo Images/Getty Images)

Le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, a démissionné mardi 21 novembre, après environ 37 ans passés à la tête du pays. À 93 ans, il était jusqu’ici le chef d’État le plus âgé au monde. Après avoir été Premier ministre du Zimbabwe, il en fut le président pendant près de 30 ans.

C’est le président de l’Assemblée nationale, Jacob Mudenda, qui a annoncé son départ, lors d’une séance de travail sur la possible révocation de Mugabe. Il a lu la lettre de démission de ce dernier sous les applaudissements du Parlement, comme le rapporte Le Monde :

"J’ai choisi volontairement de démissionner. Cette décision a été motivée par mon désir d’assurer un transfert du pouvoir sans problème, pacifique et non violent."

Son maintien au pouvoir agaçait beaucoup de Zimbabwéens, mais aussi certains dirigeants africains en quête de changement politique. En apprenant la nouvelle, les gens sont immédiatement sortis de chez eux, laissant exploser leur joie dans les rues de la capitale, Harare. Tous les journalistes présents sur place ont fait le même constat : celui d’un peuple en liesse.

Que se passe-t-il au Zimbabwe ?

Pour comprendre comment le pays a pu se retrouver dans une telle situation politique, il faut revenir sur les mois précédents, et tout particulièrement sur la révocation du vice-président du Zimbabwe, qui avait donné lieu à une prise de pouvoir par les militaires ces derniers jours.

"Nous ne faisons pas un coup d’État, avait tenu à rassurer le 15 novembre, devant les caméras de la télévision publique zimbabwéenne, S.B. Mojo, le porte-parole de l’armée du pays. Ce que font les forces de défense du Zimbabwe, c’est de pacifier la situation politique, sociale et économique du pays."

Même s’ils l’avaient nié, l’action des militaires ressemblait en tout point à un coup d’État. Dans la nuit du 15 novembre, ces derniers avaient en effet pris le contrôle de la radiotélévision publique, de plusieurs bâtiments officiels, ainsi que des rues de la capitale. L’objectif selon l’armée ? Viser les "criminels" de l’entourage du président Robert Mugabe, "dans le but de les juger".

Le parti du président déchu, la Zanu-PF, est en crise depuis quelques années : une partie de ses membres a toujours été derrière le chef de l’État et sa femme Grace Mugabe, qui nourrit depuis longtemps l’espoir de prendre la succession de son mari, tandis qu’une autre faction soutient l’ancien vice-président Emmerson Mnangagwa – qui souhaitait lui aussi succéder à l’actuel président.

Emmerson Mnangagwa a été limogé de son poste de vice-président le 6 novembre dernier, pour "manque de respect au chef de l’État", quelques mois seulement avant les prochaines élections présidentielles. Pour certains, ce limogeage surprise était une façon non dissimulée de faire de la place à Grace Mugabe.

"Les militaires s’inquiètent aussi de la situation économique qui s’est dégradée et de la confiance dans la monnaie qui s’est effondrée. Il y a une convergence des intérêts.

Emmerson Mnangagwa a le soutien des milieux économiques, alors que Grace Mugabe les inquiète, car elle a une réputation très sulfureuse et est extrêmement dépensière", explique à 20 Minutes Virginie Roiron, maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Strasbourg.

Un coup d’État qui n’a pas dit son nom

Alors qu’ils mettaient tout en œuvre pour écarter la première dame zimbabwéenne du pouvoir, les militaires savaient que l’annonce d’un coup d’État n’aurait fait qu’envenimer les choses, comme le confirme au Monde le journaliste néerlandais spécialiste du Zimbabwe Marnix de Bruyne :

"Les militaires connaissent les règles internationales et savent bien que les coups d’État sont impopulaires. Ils tentent donc de maquiller cela en une petite intervention, plutôt que de reconnaître un putsch qui sera sanctionné par l’Union africaine."

Le président Mugabe avait ensuite été retenu à son domicile par les militaires. À l’occasion d’un entretien téléphonique avec Jacob Zuma (son homologue sud-africain), le chef d’État avait indiqué qu’il allait bien… avant de démissionner, une semaine plus tard. Aucune information officielle ne permet de savoir où se trouve Grace Mugabe, malgré plusieurs rumeurs qui la disent réfugiée en Namibie.

Article publié initialement le 16 novembre et modifié le 21 novembre.