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Revenu universel : les positions des différents candidats à la présidentielle

Si le revenu universel fait son chemin dans le débat public et est loué par de nombreux observateurs politiques et économiques, il peine à se faire une place dans les programmes des candidats.

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On vous en parlait mardi 20 décembre, le candidat à la primaire de la gauche Benoît Hamon a fait du revenu universel l'une des propositions chocs de son programme, très marqué à gauche, suscitant de nombreuses réactions à ce sujet. Mais ce débat n'est pas neuf, et le revenu de base est une vieille idée qui revient régulièrement à l'occasion des grandes échéances électorales. De quoi s'agit-il ? D'un revenu modeste (entre 750 et 1 000 euros par mois), distribué à tous les citoyens d'un pays sans aucune condition et peu importe leurs revenus. Des expérimentations ont déjà été menées au États-Unis, au Canada ou encore en Finlande.

Une mesure qui, pour ses défenseurs, permettrait de lutter contre la pauvreté, bien sûr, mais qui pousserait surtout les gens vers des emplois et activités socialement utiles mais peu rémunérateurs (dans les milieux artistiques et associatifs, la santé, etc). Ceux qui le souhaitent pourraient bien entendu poursuivre leur ancienne activité et conserver leur salaire, auquel viendrait s'ajouter le revenu universel.

Cette idée aux allures d'utopie est bien sérieuse, à tel point que tous les candidats à l'élection présidentielle de 2017 ont aujourd'hui plus ou moins leur avis sur la question. Pas étonnant quand on sait que 60 % des Français y seraient favorable, selon un sondage Ipsos réalisé en 2015. Si les personnalités de gauche ont plus précisément fixé leurs propositions, l'idée fait aussi son chemin à droite. On revient avec vous sur les positions des principaux candidats, du plus partant au moins chaud.

Benoît Hamon, le fervent partisan

Le député socialiste défend la nécessité d'un revenu universel dans sa forme la plus pure : pour tous les citoyens français majeurs, indépendamment des ressources. "L’objectif est d’être moins dépendant du travail. Ce revenu permettrait de favoriser la prise de risque entrepreneuriale et de permettre de faire du bénévolat", explique-t-il. Il est effectivement bien moins inquiétant de se lancer dans un commerce ou une activité peu rémunératrice si on est sûr de toucher, à vie, un revenu quoi qu'il advienne.

La mesure coûterait aux alentours de 300 milliards d'euros chaque année. Une dépense colossale, assurée selon lui par une fusion des allocations mais aussi par une plus grande lutte contre l'évasion fiscale (qui pourrait représenter jusqu'à 80 milliards d'euros de manque à gagner chaque année pour l'État). Benoît Hamon compte dans un premier temps mettre en place "un revenu universel d'existence" de 600 euros pour tous les 18-25 ans puis l'étendre progressivement à 750, voire 1 000 euros, pour tous les citoyens majeurs.

Manuel Valls, pour un "revenu minimum décent"

Notre ex-Premier ministre n'est pas vraiment contre l'idée d'un revenu de base, mais il compte réduire à fond sa dimension "universelle". Son "revenu minimum décent" serait en fait une fusion de la plupart des minima sociaux (au nombre de dix, comme le RSA). Le total du revenu, porté à environ 800 euros, ne devrait par ailleurs pas être trop proche du Smic pour ne pas inciter les gens à s'en contenter et à ne pas travailler. Ce revenu serait donc corrélé aux revenus de la personne : Liliane Bettencourt ne pourrait pas y avoir droit, à l'inverse du revenu universel. Il serait aussi accessible à partir de 18 ans, même si on ne connaît pas encore les conditions requises : étudiant, pas étudiant, alternance, etc.

Avec cette version édulcorée, on quitte la philosophie première du revenu universel (défendue par Benoît Hamon) pour arriver en fait à une simple simplification administrative : réunir toutes les allocations en une seule. La question sera peut-être précisée dans le programme de Manuel Valls, programme qu'on attend toujours.

Emmanuel Macron timide, mais pas contre

Il ne s'est que peu exprimé sur la question, mais il semblait à chaque fois potentiellement intéressé par une mise en place d'un revenu universel. Interrogé par Jean-Jacques Bourdin sur RMC en janvier 2016, Emmanuel Macron défendait l'idée en ces termes : "Moi, je ne crois pas à l'égalitarisme, je crois en l'égalité des opportunités. L'idée du revenu universel [...], c'est une idée qui va dans ce sens et qui m'intéresse." Ce revenu pourrait également prendre la forme d'un capital conséquent, donné à chaque Français à un certain âge (21 ans par exemple).

Mais depuis silence radio ! Il faudra probablement, comme pour Manuel Valls, attendre la publication de son programme, annoncé pour début 2017.

Marine Le Pen : bien pour les femmes au foyer

Comme pour les deux précédents, le revenu universel ne fait pas partie du programme officiel du Front national pour la présidentielle de 2017. Mais Marine Le Pen dit y "réfléchir" et lui reconnaît même quelques avantages, si tant est qu'il ne pousse pas les bénéficiaires à ne pas travailler. Le revenu universel permettrait d'aller dans le sens de sa politique économique et sociale, et particulièrement en faveur de la défense du "droit des femmes au foyer à ne pas travailler". Une politique aux relents légèrement archaïques.

Jean-Luc Mélenchon, ce n'est pas la question

Le candidat du Parti de gauche, quant à lui, s’inquiète des conséquences potentiellement néfastes du revenu universel sur les salaires, qui pourraient être tirés vers le bas : "On est en train d’inventer un RSA socle, qui permet à l’employeur de dire ‘je te paye moins puisque de toute façon tu touches ton revenu universel.’ Il faut faire très attention, cette formule n’est pas au point." Son conseiller Guillaume Etievant, critiquant le fatalisme des pro-revenu universel face à la question du chômage de masse, a aussi prévenu : "Dans le discours de ceux qui défendent le revenu de base revient l’idée qu’on n’arrivera jamais à retrouver une véritable diminution du chômage." L'objectif, donc : plein emploi et réduction du temps de travail pour tous.

Le revenu universel, ce n'est donc pas pour tout de suite...