Les Rohingyas, cette minorité ethnique persécutée dont personne ne parle

Persécutée, la communauté Rohingya tente d’échapper au regain de violence qui secoue la Birmanie depuis le 25 août dernier.

© Collectif "Halte au massacre en Birmanie" (HAMEB). (Facebook)

Plus de 3 000 membres de la minorité musulmane Rohingya ont fui la Birmanie, en direction du Bangladesh, pour échapper à la nouvelle flambée de violences qui sévit au sud-ouest du pays depuis le 25 août dernier. Les affrontements opposant les rebelles de cette communauté à l’armée birmane débouchent sur une crise humanitaire grandissante, déplorée par l’ONU le 28 août dernier. "Nombre de ces nouveaux arrivants sont des femmes et des enfants", affirme Joseph Tripura, porte-parole du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR).

Un conflit passé sous silence

Méconnue et rarement évoquée dans les médias occidentaux, la communauté des Rohingyas est persécutée par l’État Birman - à prédominance bouddhiste - depuis des décennies. Groupe ethnique de confession musulmane, les Rohingyas vivent principalement dans le nord de l’État d’Arakan, à l'ouest de la Birmanie.

Perçus comme une menace par certains moines bouddhistes (extrémistes) birmans, ils sont traités tels des parias ; marginalisés, leurs droits sont bafoués. Ils ne disposent ainsi ni de la nationalité birmane, ni du droit de se déplacer librement à travers le pays. Considérés comme des immigrants illégaux venus du Bangladesh, la plupart d’entre eux n’ont accès ni aux soins, ni au marché du travail, ni à l’éducation. Une situation qui ne cesse de s’aggraver avec la montée du nationalisme en Birmanie.

© Collectif "Halte au massacre en Birmanie" (HAMEB). (Facebook)

Le 25 août dernier, l’assaut surprise de rebelles Rohingyas contre des postes frontières de l’Arakan a mis le feu aux poudres. Depuis, l’Armée du salut des Rohingyas de l’Arakan appelle ses membres à l’insurrection. En réponse, l’armée birmane se livre à une violente campagne de répression qui, selon les Nations unies, s’apparenterait à un véritable "nettoyage ethnique".

De son côté, le gouvernement birman réfute ces accusations et fustige l’intervention d’ONG internationales sur son sol, qui tentent d’apporter de l’aide humanitaire à cette minorité. Il affirme également voir un lien entre les récentes attaques et la publication du rapport final d’une commission sur la situation de l’Arakan, dirigée par l’ancien Secrétaire Général de l’Organisation des Nations unies, Kofi Annan. Ce dernier appelle notamment la Birmanie à accorder plus de droits à la communauté Rohingya afin de faire retomber les tensions dans la région.

À l’heure actuelle, le Bangladesh compterait près de 400 000 réfugiés rohingyas de longue date, qui ont fui les violences de leurs pays. Dans un récent documentaire franco-suisse intitulé Le Vénérable W. (du nom d’un moine bouddhiste), Barbet Schroeder s’est penché sur les origines de ce conflit. Il souligne avec brio le paradoxe d’une religion pacifique et tolérante au nom de laquelle certains prêchent la haine et la xénophobie.

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