Vladimir Poutine vire 755 diplomates américains du territoire russe

Face aux sanctions répétées, Moscou utilise le même discours musclé que Washington.

(© Kremlin/Flickr/CC)

Y’a comme un petit air de Guerre froide en cet été 2017. Excédé par les sanctions prises par les États-Unis à son encontre, le Kremlin a décidé de montrer les muscles et d’inciter fortement la plupart des diplomates américains basés en Russie à retourner au bercail. Une réponse au dernier acte diplomatique de Donald Trump : la Maison-Blanche a fait savoir le 29 juillet que le président américain donnerait son feu vert à la nouvelle volée de sanctions contre la Russie votée par le Sénat.

"Plus d’un millier d’employés – diplomates et techniciens – ont travaillé et travaillent toujours en Russie : 755 d’entre eux devront cesser leurs activités", a déclaré Vladimir Poutine à l’occasion d’un entretien donné à la chaîne publique Rossiya 1. Et l’homme fort du Kremlin n’y va pas de main morte au niveau des délais d’application : les diplomates en question ont jusqu’au 1er septembre pour faire leur valise et rentrer chez eux. Seuls 455 émissaires américains pourront donc rester sur place ce qui, comme le souligne le journal Le Monde, correspond très exactement au nombre de diplomates russes autorisés à séjourner aux États-Unis. Pour la presse russe, la "parité diplomatique est rétablie".

Donald Trump semble payer les mesures prises par son prédécesseur. En décembre dernier, Barack Obama annonçait avec fracas l’expulsion de 35 agents de renseignement russes du sol américain, en réaction aux soupçons d’ingérence du Kremlin dans l’élection présidentielle. À l’époque, Moscou avait menacé de prendre des mesures "adéquates". C’est aujourd’hui chose faite.

Realpolitik

Après cette annonce, on se dit qu’il est loin le temps où le candidat Trump promettait au monde une idylle entre les deux ennemis de toujours. Confronté à la dure loi de la realpolitik, le nouveau président américain paraît de plus en plus incapable d’amorcer une détente avec la Russie. Car derrière lui, c’est la quasi-totalité des représentants américains qui poussent pour un durcissement des sanctions : sur les 100 élus que compte le Sénat américain, seuls deux se sont opposés au texte.

Les nouvelles mesures décidées par le Sénat américain visent encore et toujours à sanctionner l’annexion de la Crimée par Moscou en 2014, mais aussi à condamner l’ingérence dans la campagne de 2016. "Les États-Unis d’Amérique doivent envoyer un message fort à Vladimir Poutine et à tout autre agresseur : nous ne tolérerons pas d’attaques sur notre démocratie", a déclaré John McCain, le sénateur républicain, à l’issue du vote.

La marge de manœuvre de Trump relève aujourd’hui du microscopique, et l’un des rares dossiers sur lequel il puisse avancer ses pions est celui des adoptions entre les deux pays : les parents russes ne peuvent adopter d’enfant américain, et vice-versa. C’est de cette question ultra-sensible que Jared Kushner, gendre et conseiller du président américain, assure avoir traité lors de ses entrevues avec une avocate proche du Kremlin, au beau milieu de la campagne. À moins que ce ne soit de dossiers compromettant pour Hillary Clinton, comme le suggèrent une volée d’emails dévoilés par… Jared Kushner lui-même.