En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de nos cookies afin de vous offrir une meilleure utilisation de ce site internet. Pour en savoir plus et paramétrer vos cookies, cliquez ici.

Carlos Ghosn visitant une usine Nissan en 2013. (© Norsk Elbilforening/Flickr/CC)

Superbonus et optimisation fiscale : le salaire du PDG de Renault pose question

Grâce à des "superbonus", Carlos Ghosn aurait augmenté son salaire, déjà mirobolant. En 2016, il avait déjà touché 15,6 millions d’euros, devenant ainsi le troisième patron le mieux payé du CAC 40. "Money, money, moneyyyyy", comme dirait Dounia dans Divines.

Carlos Ghosn visitant une usine Nissan en 2013. (© Norsk Elbilforening/Flickr/CC)

Carlos Ghosn visitant une usine Nissan en 2013. (© Norsk Elbilforening/Flickr/CC)

Sept millions d’euros, c'est la somme qu'a perçue Carlos Ghosn l'an dernier, grâce à l'entreprise automobile Renault, dont il est président-directeur général. Mais cette année, il pourrait toucher encore plus, grâce à un montage financier manigancé avec ses banquiers. C'est l'agence de presse britannique Reuters, qui a révélé l’affaire mardi 13 juin. Ses journalistes ont pu accéder à des documents faisant lieu d’un "projet permettant de verser des millions d’euros de bonus annuels supplémentaires au PDG Carlos Ghosn et à d’autres dirigeants via une société de services créée spécialement pour l’occasion".

Concrètement, les documents en questions révèlent que les fonds récoltés par l’alliance Renault-Nissan- Mitsubishi (4,3 milliards d’euros en 2016 et, possiblement, 5,5 milliards en 2017) iraient directement sur le compte d’une société basée aux Pays-Bas, où la fiscalité est bien plus avantageuse qu’en France. Comme l’explique Reuters dans son enquête, Carlos Ghosn sort doublement gagnant de l’opération : premièrement, cette rémunération supplémentaire passerait inaperçue aux yeux des actionnaires, qui sont censés valider les augmentations des PDG, cadres et managers, et de plus, elle serait exempte de "charges sociales françaises". Jackpot.

Manque de chance pour Carlos Ghosn, l’affaire éclate quelques jours avant l’assemblée générale annuelle des actionnaires de Renault, qui se tient aujourd’hui, jeudi 15 juin, à 15 h 15. Une centaine de détenteurs d’actions Renault, dont l’État, actionnaire majoritaire avec 19,74 % des titres, Nissan, Daimler et les salariés de l’entreprise doivent approuver les comptes de la société automobile et le salaire de son patron.

Le salaire des salariés, lui, n’a pas augmenté d’un centime

Cette année, une petite nouveauté, due à la loi "Sapin 2", vient perturber les petits montages financiers du PDG de Renault. Cette loi relative à la transparence et la lutte contre la corruption dans les entreprises oblige les actionnaires (donc dans ce cas l’État) à valider le salaire de M. Ghosn.

Une procédure qui n’est pas au goût du géant de l’automobile français, qui s’était accroché avec Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, en 2015. Emmanuel Macron voulait utiliser la loi Florange chez Renault. Pour faire simple, cette loi permet aux actionnaires "historiques", donc l’État, d’avoir un droit de vote qui compte double. Pour ce faire, rappelle France 24, le locataire de Bercy avait augmenté la participation de l’État au capital de Renault en prévenant Carlos Ghosn à la dernière minute.

Cette année, Bercy a annoncé que les représentants de l’État lors de l’assemblée générale voteraient contre la rémunération de Carlos Ghosn, qu’ils jugent bien trop excessive, tout comme ceux des salariés (actionnaires à 2,09 %), qui eux, n’ont pas vu leur salaire augmenter. "La rémunération au regard des responsabilités, c’est bien, a déclaré Franck Daoût délégué syndical CFDT chez Renault, mais à un moment donné, il y a un problème d’échelle : la rémunération des salariés n’a pas suivi la pente de celle de M. Ghosn."

Notons qu’en 2016, Carlos Ghosn, âgé de 63 ans (âge de la retraite pour certains) a touché au total 15,6 millions d’euros, si on ajoute son salaire de PDG chez Nissan à celui de Renault. Cela fait de lui le troisième patron le mieux payé du CAC 40, comme l’a révélé la société de contrôle des investisseurs Proxinvest.

Pour le moment, Emmanuel Macron, devenu président de la République, n’a pas réagi à cette augmentation de salaire pas très nette. Il attend, sans doute, la délibération de l’assemblée générale de Renault. Affaire à suivre.