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Selon un rapport parlementaire, EDF sous-estime le coût du démantèlement nucléaire

L'entreprise serait trop "optimiste" concernant le démantèlement du parc nucléaire français, et pourrait même ne pas avoir assez d'argent pour le financer.

© Wikimedia Commons

La centrale nucléaire de Civaux, dans la Vienne. (© Wikimedia Commons)

Le démantèlement du parc nucléaire français est ce que l'on appelle communément un serpent de mer  – un truc dont on parle sans cesse depuis des années en disant qu'un jour on s'y mettra vraiment, mais dont on ne voit jamais vraiment la couleur, un peu comme nettoyer son disque dur ou enclencher la révolution du prolétariat. Pourtant, à l'inverse des deux exemples précédents, la déconstruction du parc nucléaire français ne peut plus trop attendre, et il va falloir commencer à chiffrer.

Depuis des années, EDF rassure son monde en expliquant que tout est sous contrôle grâce à un fonds de réserve et des processus maîtrisés. Très bien, sauf qu'un rapport parlementaire paru le 1er février explique que l'entreprise se montre carrément "optimiste", que les charges sont "sous-évaluées" et qu'EDF n'aurait tout simplement pas les moyens de financer le démantèlement.

En 2017, la France compte 58 réacteurs en activité et neuf en phase de démantèlement, appartenant à différentes générations (graphite-gaz, eau lourde, eau pressurisée, etc.). La dernière fois qu'EDF s'est amusée à faire l'addition du coût du démantèlement total, c'était en juillet dernier : le président d'EDF, Jean-Bernard Levy, estimait la douloureuse à 60 milliards d'euros, dont 26 pour la déconstruction et 29 pour la gestion à long terme des déchets radioactifs. En 2016, le fonds de provision d'EDF était de 22,6 milliards d'euros. À peine le tiers de la somme prévue. Alors que les candidats à la présidentielle s'écharpent sur la fermeture ou non des centrales, le démantèlement semble pris par-dessus la jambe.

La provision la plus basse de l'OCDE

Selon le rapport sur la "faisabilité technique et financière du démantèlement des infrastructures nucléaires", cependant, ces estimations sont en-deçà des coûts réels. Les parlementaires préfèrent se référer à un autre chiffre fourni par EDF, de 75,5 milliards d'euros, tout en rappelant qu'il s'agit là encore d'une "sous-évaluation vraisemblable", car l'entreprise n'aurait pris en compte ni le coût des assurances ni, plus important, la décontamination des sols.

S'il est difficile de comparer la situation française à d'autres pays, rappelle le rapport, tant les politiques énergétiques sont différentes, en Allemagne ou aux États-Unis, deux pays aux parcs nucléaires importants, on prévoit des coûts de démantèlement jusqu'à deux fois supérieurs. De même, la provision d'EDF est actuellement la plus basse de tous les membres de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), ce qui inquiète également les parlementaires quant à sa capacité à payer la déconstruction. Néanmoins,  le président de la mission d'information, Julien Aubert, explique que lors du démantèlement des 58 REP (réacteurs à eau pressurisée), construits entre 1977 et 1987, l'entreprise bénéficiera d'un "effet de série" qui lui fera réaliser "des économies d'échelle que personne n'est capable, à l'heure actuelle, de chiffrer avec précision". En clair, une fois le processus de démantèlement maîtrisé pour le premier REP, il suffira de le reproduire 57 fois.

Démantèlement prévu au XXIIe siècle

Enfin ça, ça reste totalement théorique. Car s'il y a bien une chose aussi incertaine que le budget, selon le rapport, c'est bien la faisabilité technique dudit démantèlement. Au point qu'en 2016, EDF a repoussé  la déconstruction des six réacteurs de la filière graphite-gaz, pourtant pas les plus récents.... à 2100, au lieu de 2041, pour cause de problèmes techniques. Quant au réacteur de Brennilis, qui devait servir de test grandeur nature, il est à l'arrêt depuis 1985 mais toujours debout. Après dix-huit années d'activité, son démantèlement devrait durer... quarante-sept ans. En fait, explique le rapport, tout se passe comme si EDF comptait sur un prolongement de ses sites où la construction de nouveaux sur les anciens, et prend donc son temps.

Problème : la loi sur la Transition énergétique prévoit la réduction de la production d'électricité nucléaire de 75 à 50 % d'ici 2025. Or, comme le précise la rapporteuse du texte Barbara Romagnan, en désaccord – fait rarissime – avec le responsable de la commission parlementaire, "EDF semble parier sur l'allongement de la durée de vie des centrales et s'assied de fait sur la loi de Transition énergétique. C'est un pari surprenant et audacieux car il n'a pas l'aval technique de l'ASN pour cela". Audacieux, surtout, car l'État est actionnaire à 86 % d'EDF, et a donc tout loisir d'influencer ses stratégies. En clair, EDF joue la montre, mais devrait faire attention : au rayon des solutions, si les choses n'avancent pas, la commission propose de mettre l'entreprise en concurrence pour le plan de déconstruction général des réacteurs. Si c'était le cas, peut-être que les choses s'accéléreraient.

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