Six journalistes turcs jugés aujourd’hui pour avoir diffusé les mails du gendre d’Erdogan

Ils s’appellent Tunca Öğreten, Mahir Kanaat, Ömer Çelik, Derya Okatan, Metin Yoksu et Eray Sargin, et ils sont jugés aujourd’hui mardi 24 octobre pour avoir diffusé des emails du ministre de l’Énergie, qui se trouve être également le gendre du président turc, Recep Tayyip Erdogan.

Berat Albayrak et Recep Tayyip Erdoğan. (© compte Facebook de Berat Albayrak)

Mardi 24 octobre s’est ouvert le procès de six journalistes en Turquie. Il leur est reproché de faire partie d’une organisation terroriste, chef d’accusation le plus courant depuis la tentative de putsch pour renverser Recep Tayyip Erdogan le 15 juillet 2016. Les grandes vagues de purges, notamment à l’encontre des journalistes, qui se sont succédé depuis, l’ont toutes été au motif de "lutte contre le terrorisme".

Certains des prévenus sont détenus depuis maintenant six mois, en attendant leur procès. Deniz Yucel, un journaliste turco-allemand, sera jugé pour les mêmes faits mais dans une procédure parallèle, en raison de sa binationalité. Il leur est en fait reproché d’avoir diffusé la correspondance par mails du ministre de l’Énergie, Berat Albayrak, qui se trouve être également le gendre de M. Erdogan. Des mails qui avaient pourtant déjà été diffusés par Wikileaks un an plus tôt.

"Plus grande prison pour journalistes au monde"

Ces échanges témoignent du fait qu’il existe un lien entre le ministre et une compagnie de pétrole soupçonnée d’entretenir des liens avec Daech, Powertrans, mais également de sa volonté de tenir d’une main de fer médias et réseaux sociaux pour contrôler toute forme d’opposition.

Officiellement, comme le rapporte Le Monde, on les accuse de "s’être cachés derrière RedHack, un groupe de hackers qui auraient soi-disant piraté le compte mail de Berat Albayrak". Les preuves proviennent en partie du témoignage d’une personne dont l’identité est gardée secrète et qui aurait affirmé au procureur en charge de l’affaire que les six journalistes avaient pour but de "discréditer" le président et son gouvernement en les associant à Daech.

Pour rappel, à l’heure actuelle, le pays est classé au 155e rang sur les 180 pays présents au classement de la liberté de la presse de Reporters Sans Frontières (RSF) en 2017. Une place légitime selon le responsable de la Turquie à RSF, Johann Bihr, qui considère qu’il s’agit aujourd’hui de la "plus grande prison pour journalistes du monde".

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