En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de nos cookies afin de vous offrir une meilleure utilisation de ce site internet. Pour en savoir plus et paramétrer vos cookies, cliquez ici.

meeting_1er_mai_2012_front_national_paris_32-copie

Soupçons d'emplois fictifs : Marine Le Pen avait été mise au courant

Jeudi 9 mars, Marianne et Mediapart cosignent une enquête au sujet de l'affaire des emplois fictifs au Front national. Celle-ci semble indiquer que la présidente du parti, Marine Le Pen, avait été alertée de la situation.

Meeting 1er mai, 2012, Front National. (© Blandine Le Cain)

Depuis plusieurs mois, le Front National fait l'objet de deux enquêtes judiciaires, l'une au sujet d'emplois fictifs et l'autre au sujet du financement de la campagne présidentielle de Marine Le Pen en 2012. Le cas de Gaël Nofri, élu du Front National à Nice, fait le lien entre ces deux affaires. Mediapart et Marianne ont apporté des éléments nouveaux qui mettraient en cause Marine Le Pen.

Gaël Nofri a conseillé la candidate à l'élection présidentielle "sur les questions relatives à la gestion des services publics pendant la campagne" entre septembre 2011 et avril 2012, pour un salaire total de 18 000 euros. Si ce dernier assure avoir effectué ce travail, il conteste cependant formellement les contrats qui lui ont été fournis : il aurait été salarié par le Parlement européen en tant qu'assistant parlementaire de Jean-Marie Le Pen puis en tant que "chargé d'études" pour l'expert-comptable du parti, Nicolas Crochet. Deux emplois qu'il affirme catégoriquement n'avoir jamais exercés, aussi bien lors de son audition par la brigade financière que lors de ses interventions médiatiques. Il s'était exprimé sur Europe 1, assurant : "Autant je n’ai jamais été attaché parlementaire européen, autant je vous prie de croire que je n’ai jamais été expert-comptable dans un cabinet d’expertise comptable. […] Ça fait beaucoup de choses illégales".

Contacté par Mediapart, le communiquant de Jean-Marie Le Pen, Lorrain de Saint Affrique, avait déjà formellement contredit la version des faits de Gaël Nofri :

"Nous pouvons produire les notes qui correspondent à cela. Le reste, je n’en sais rien. S’il y a autre chose, cela relève de la responsabilité de Nofri ou des autres, mais pour ce qui concerne Jean-Marie Le Pen, il a fait le travail. Il faut arrêter avec le syndrôme Penelope !"

Lorsque son contrat s'arrête en 2012 après l'élection présidentielle, ce Niçois de 31 ans souhaite s'inscrire à Pôle emploi. Là-bas, il apprend qu'aucune cotisation n'a été versée. Il formule l'hypothèse selon laquelle, "à la fin de la campagne, ils se sont peut-être rendu compte qu’ils avaient dépassé les plafonds [des dépenses de campagne remboursées par l’État – ndlr]." Le Front National aurait donc décidé de faire payer une partie de l'addition très salée de la campagne présidentielle par le contribuable européen.

D'après Mediapart et Marianne, ce contrat du Parlement existe, mais Gaël Nofri explique n'y avoir strictement jamais mis les pieds, comme il l'a expliqué dans cet enregistrement fourni par Mediapart :

Il précise n'avoir jamais signé ce contrat mais également n'avoir jamais touché le salaire qui va avec. Contacté par Mediapart, le vice-président du Front National, Louis Aliot, a répondu ainsi :

"Je tiens le dossier Nofri avec des perles… et avec tout le travail, l'affection et l'admiration qu'il portait à Jean-Marie Le Pen, puisqu'il était mon lien avec Jean-Marie à un moment où je ne parlais plus à Jean-Marie (agissait-il comme son assistant ?)… telle est la question… "

La présidente du Front national avait été prévenue

Marianne et Mediapart sont parvenus à se procurer des e-mails datant de mai 2012 qui indiqueraient que Marine Le Pen avait été mise au courant de la situation problématique de Gaël Nofri. Dans un mail, Gaël Nofri s'adresse directement à la présidente du Front National :

"Bonjour Marine,

Je suis navré de vous ennuyer avec des affaires d'intendance mais je ne peux faire autrement puisque je viens d'avoir Nicolas Crochet pendant 15 minutes qui me dit qu'il ne peut rien faire.

Mon problème est le suivant nous avions prévu que mon contrat s'arrête à la fin du mois et qu'ensuite j'obtienne mes indemnités puis le chômage. Or, Nicolas [Crochet – ndlr] ne m'a toujours pas fait les fiches de salaire et le contrat en cours est caduc donc je ne peux prétendre au chômage pour le moment. De plus il m'informe que les indemnités étaient mensualisées et que donc je ne toucherai rien. Vous comprendrez sans doute, étant donné ce que je vous avais expliqué, que cette situation n'est en rien tenable pour moi... J'ai bien évidemment compris la nécessité de mettre un terme à mon contrat au lendemain de la campagne, la nécessité aussi d'attendre le résultat des législatives pour envisager l'avenir, mais là je dois avouer que ce n'est juste pas tenable...

Encore désolée de devoir vous enm... avec ce genre de futilités mais je suis bien obligé de tenter de faire avancer les choses.

Si vous avez le temps de m'appeler,

Bonne chance à Hénin, on pense tous à vous

Gaël"

Lorsqu'il a découvert à Pôle emploi qu'il n'avait pas cotisé pour prétendre à son allocation chômage, Gaël Nofri assure avoir demandé des explications à Marine Le Pen, qui aurait répondu : "Je suis dans les législatives, j’ai d’autres choses à faire que de m’occuper de ça." Ce dernier n'aurait pas apprécié et le lui aurait fait savoir via trois SMS qu'il décrit comme "assez salés", dans lesquels il aurait rué "dans les brancards". SMS qui seraient restés sans réponse de sa part. En août 2012, il aurait donc tenté de se tourner vers le numéro 2 du parti et compagnon de Marine Le Pen, Louis Aliot, dans un mail intitulé "Récapitulatif". Il y rappelle la chronologie des faits qui posent problème. Il conclut ainsi :

"Plutôt que de faire un esclandre et d'attirer l'attention sur un montage financier pour le moins douteux, ce qui aurait mis tout le monde dans l'embarras, j'ai préféré récupéré mon dossier [...]. Je trouve que l'attitude des uns et des autres dans cette affaire à mon égard a été pour le moins lamentable".

Interrogé par Mediapart au sujet de la rémunération de Gaël Nofri, Louis Aliot répond : "Vous verrez... Demandez-le lui".

Enfin, un mail qui ferait partie du dossier judiciaire et qui n'a donc pas été mis au jour par les journalistes de Mediapart ou de Marianne, adressé à Louis Aliot par Nicolas Crochet en juillet 2012 et où la candidate à l'élection présidentielle figure en copie, mettrait sérieusement en cause Marine Le Pen. En effet, il y figurerait :

"Marine lui avait envoyé un SMS pour qu’il le signe le jour où je lui ai envoyé son contrat par la poste [...] N’oublies [sic] pas de lui reparler de la signature des documents liés au CDD avec mon cabinet."

Si cela était avéré, cela rendrait difficile une défense qui arguerait que la présidente du Front National n'en a strictement jamais entendu parler. Suite à ces révélations qui pourraient mettre à mal la candidate à un mois et demi de l'élection, ni elle ni les autres mis en cause n'ont à l'heure actuelle réagi.