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"C’est le chaos" : témoignage d’un touriste bloqué à Saint-Martin, ravagée par l’ouragan Irma

Julien Choquet,  journaliste chez Football Stories, était parti pour profiter du soleil et des plages de Saint-Martin. Sauf que la nature en a décidé autrement. Lors de son passage le 6 septembre, l’ouragan Irma a ravagé 95 % de l’île. Rations d’eau et de nourriture, isolement, avions cloués au sol : il témoigne.

(Capture d’écran BFMTV)

"On ne savait pas trop à quelle puissance il allait frapper. C’était censé être un ouragan de force 3 [ce sera finalement un force 5, ndlr]. Force 3 ça tape, mais ça va, les habitants sont habitués.

Là je suis à l’Alegria Boutique Hotel, sur la partie hollandaise de Saint-Martin, avec mon petit frère, sa copine et deux de mes potes. Il y a aussi d’autres touristes, des locaux, un peu de tout. On s’est réfugiés dans cette zone de l’île dès qu’on a su que l’ouragan allait taper fort. On a eu de la chance d’y être mais c’était vraiment le cauchemar quand ça a frappé, tout a bougé, les murs, tout… On a de la chance d’être tombés dans cet hôtel, on a encore un toit.

Après, il y a quelque chose de très important : je ne veux pas m’apitoyer sur mon sort. L’île est complètement détruite et la plupart des gens n’ont plus d’endroit où dormir. Nous on a un toit, c’est déjà génial. On reste globalement assez confinés, mais en sortant un peu hier on a pu constater à quel point l’île était ravagée. Ravagée.

"On devrait pouvoir tenir deux ou trois jours"

On a récupéré un groupe électrogène hier, on a donc de l’électricité de temps en temps durant la journée. Par contre, on n’a pas d’eau, donc on ne peut pas se laver ni rien. On n’a plus beaucoup de réserves d’eau potable, juste celles qu’on a pu faire avant l’ouragan, mais ça commence à devenir faible. Aucun supermarché n’est ouvert et aucun camion de l’armée n’est venu nous ravitailler. Ça commence à craindre.

Je ne sais pas trop combien de temps on va pouvoir tenir avec la bouffe : ça dépendra de comment on rationne et si on est ravitaillés. Il reste quelques trucs, un peu de pain. En mangeant comme on mange là, c’est-à-dire une fois par jour, on devrait pouvoir tenir deux ou trois jours.

Le pire c’est qu’on n’a aucune issue. On a pu parler à des militaires hier : ils nous ont dit qu’il n’y avait pas de bateau pour nous rapatrier en Guadeloupe, pas d’avion non plus, qu’il faudrait encore une semaine pour réparer la piste. On devrait donc rester bloqués encore une semaine.

Moi je devais avoir un vol mercredi, justement le jour où l’ouragan était attendu. Air France m’a assuré que mon vol était prévu à l’heure, que je ne devais pas m’inquiéter et qu’au pire ils me mettraient sur un autre vol gratuit plus tard. Je leur ai répondu que je m’en foutais, qu’on voulait un vol plus tôt, histoire de rentrer avant l’ouragan. Sauf que pour rentrer plus tôt, c’était 1 100 ou 1 200 euros par personne.

On rappelle le lendemain, même réponse. C’est scandaleux ce que fait Air France. Nous sommes plusieurs Français sur place et ils donnent des réponses différentes à chacun d’entre nous. Certains ont un vol prévu le 12, moi c’est le 15… Mais on n’est même pas sûrs de pouvoir décoller, ils nous disent que la piste d’atterrissage a été détruite.

"Il y a une vraie solidarité"

Comme nous sommes à 200 mètres de l’aéroport, nous pouvons pourtant voir des petits avions, des coucous, atterrir et décoller toute la journée, alors qu’on nous dit que la piste est inutilisable. Putain, je ne sais pas les gars, faites un truc ! Envoyez-nous des bateaux, des canots. Les Américains ont envoyé des avions lundi et mardi pour rapatrier leurs ressortissants. Pourtant, ils n’ont aucun lien avec cette île. Ici c’est la France, et on ne vient pas nous chercher pour nous ramener chez nous ! C’est scandaleux.

Mais dans toute cette galère, il reste certaines choses positives. Hier, le patron d’un restaurant qui s’est lui aussi réfugié dans l’hôtel nous a ouvert son frigo, qui n’était plus alimenté en électricité. On s’est donc fait un barbecue. Tout le monde donne un petit coup de main pour ranger, on essaye de remettre l’eau. Il y a une vraie solidarité.

Le problème, c’est qu’on est vraiment coupés de toute info. J’ai zéro réseau, on a très peu Internet et on a tout juste assez de signal pour appeler la France. On n’a aucune nouvelle des autorités. Ça fait 48 heures que l’ouragan est passé, aucun camion n’est venu. Ça fait longtemps que les vents se sont calmés, mais toute l’île est dévastée. Je ne sais pas quelles infos vous avez en métropole, j’imagine que c’est alarmiste, mais sur place c’est le chaos. Tout est fermé, il y a des pillages, c’est vraiment inquiétant."

Propos recueillis par Théo Mercadier.