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© Jabin Botsford/The Washington Post via Getty Images

Trump part en croisade contre l’Agence américaine de protection de l’environnement

Entouré de climatosceptiques et d’industriels spécialisés dans les énergies fossiles, le président des États-Unis compte bien détruire l’Agence de protection de l’environnement.

© Jabin Botsford/The Washington Post via Getty Images

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Une femme anti-IVG et anticontraception à la tête du Planning familial américain, un climatosceptique à l’Agence de protection de l’environnement (EPA)… C’est bien simple, à chaque fois que Donald Trump nomme quelqu’un à un poste à responsabilités, on se dit qu’il n’aurait pas pu plus mal choisir. Le nouveau président des États-Unis mène aujourd’hui une croisade sans précédent contre l’EPA, qui fait office de ministère de l’Environnement et de pôle de recherche sur l’impact des activités humaines sur le climat. Limogeage de scientifiques et remplacement par des "chercheurs" proches des industriels du charbon, réductions des budgets, annulation des contraintes légales pro-environnement : rien n’est trop gros pour détruire l’agence, dernier garant des avancées faites par l’administration Obama dans le domaine de l’écologie.

Fin mars, Donald Trump signait un texte revenant sur la plupart de ces réformes environnementales, à commencer par le Clean Power Plan, qui forçait entre autres les industriels des énergies fossiles à réduire leurs activités nocives pour l’environnement et à se reconvertir dans la transition énergétique. En veillant au bon respect de ces réglementations, l’EPA est au centre de tout ce processus pro-climat, et c’est donc en toute logique que Donald Trump s’est mis dans la tête de raboter ses prérogatives et de miner systématiquement chacune de ses activités.

Pour l’aider, le climatosceptique Scott Pruitt, parachuté à la tête de l’agence en décembre 2016. On lui doit par exemple cette sortie :

"Les scientifiques continuent d’être en désaccord sur le degré et l’étendue du réchauffement climatique et sur son lien avec l’action humaine. Ce débat devrait être encouragé dans les salles de classe, les forums publics et au Congrès. On ne doit pas faire le silence sur ce sujet en menaçant de poursuites. La dissidence n’est pas un crime."

Du climatoscepticisme pur et dur, à rebours des travaux mondialement reconnus du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et des engagements pris par 175 pays après la COP21 pour lutter contre le réchauffement climatique, en avril 2016. Mais au vu du CV de Scott Pruitt, peut-on s’étonner de ce positionnement rétrograde ? Comme nous le rappelle L’Obs, en tant que ministre de la justice de l’Oklahoma, qui tire 50 % de ses revenus des énergies fossiles, Scott Pruitt a toujours milité pour la libéralisation du secteur, aux dépens de l’environnement. Une politique pétrole-friendly qui lui vaut l’amitié des grandes entreprises spécialisées dans les énergies fossiles, à l’image de Continental Resources, qui a, selon le New York Times, largement contribué à son élection au poste de procureur général en finançant sa campagne à coups de pétrodollars…

Démonter la législation environnementale

Les scientifiques de l’EPA n’ont évidemment pas leur mot à dire dans le nouvel axe qui est imposé à leur agence. Pire, de nombreux membres du comité de direction ont tout simplement été virés, puis remplacés par des scientifiques proches du secteur de l’énergie fossile. "Quelle insulte !", déplorait l’un des experts au Washington Post sous couvert d’anonymat.

Ultime acte de rébellion désespéré face à ce détricotage méthodique de leurs années de recherche, certains experts ont porté un badge affichant le slogan "Intégrité scientifique" au revers de leur veste le jour où Donald Trump est venu signer l’arrêt de mort de leurs activités. "Aujourd’hui, nous faisons un pas de géant vers la fin des contraintes [écologiques] qui étaient devenues des fardeaux" pour les entreprises, fanfaronne de son côté Rick Perry, secrétaire d’État à l’énergie. Le gouvernement affiche donc fièrement l’objectif de ce coup de force : démonter la législation écologique pour permettre aux mines de charbon et aux pôles de fracturation hydraulique de tourner à plein régime.

Le budget de l’EPA a également été revu à la baisse dans des proportions dramatiques : 31 % des fonds qui lui étaient auparavant attribués ont été alloués à d’autres pôles de dépenses "prioritaires" comme la défense et l’armement. Pour l’agence, cela veut dire devoir se séparer de 3 200 collaborateurs, soit un cinquième de ses effectifs. Difficile de poursuivre les recherches dans de telles conditions. Le Washington Post révèle ainsi que 56 programmes de recherche vont être annulés, notamment dans le domaine des pesticides. "Trump veut détruire l’Agence de protection de l’environnement", assène sans détour le journaliste Stéphane Foucart dans une tribune publiée dans le journal Le Monde. Et pendant ce temps, les géants de l’industrie fossile se frottent les mains.