"Beaucoup d’Espagnols se sont sentis honteux" : une journaliste espagnole analyse la situation en Catalogne

Au lendemain du référendum d’indépendance de la Catalogne interdit par Madrid, qui s’est tenu le 1er octobre, l’Espagne reste profondément divisée et marquée par les violences qui ont ponctué la journée d’élection. La journaliste espagnole Maria Diaz Valderrama, correspondante pour El Mundo à Paris, revient pour nous sur les enjeux de ce scrutin.

À Barcelone, le 2 octobre. (© Brais G Rouco/SOPA Images/LightRocket via Getty Images)

Le dimanche 1er octobre, l’Espagne a subi un choc. Les images des violences policières au cours du référendum d’autodétermination de la Catalogne ont fait la une de toute la presse européenne. La région du nord-est de l’Espagne a depuis longtemps des velléités d’indépendance. Ce n’est pas la première fois qu’elle organise une consultation au mépris du droit national pour statuer sur son indépendance. Madrid avait prévenu de son intention d’empêcher le référendum, mais personne n’avait imaginé de telles charges policières. Selon les indépendantistes, le "oui" l’a emporté avec 90 % des suffrages exprimés. Cette victoire est cependant à nuancer car le taux de participation ne fut que de 42,3 % et près de 400 bureaux de vote avaient été fermés par la police.

Au lendemain de la consultation, l’Espagne a la gueule de bois. Tout ce que l’on retiendra de ce dimanche 1er octobre ce sont les images de visages tuméfiés et les centaines de blessés. Pour Mariano Rajoy, le président du gouvernement espagnol, "il n’y a pas eu de référendum". Pour Carles Puigdemont, le dirigeant de la Catalogne, la victoire du "oui" ouvre le droit à une déclaration d’indépendance. Maria Díaz Valderrama, correspondante à Paris pour le quotidien espagnol El Mundo commente pour nous l’élection de dimanche et s’interroge sur ses conséquences pour l’avenir.

Speech | Si la Catalogne déclare son indépendance, quelles sont les options pour Madrid ?

Maria Díaz Valderrama | Le gouvernement ne peut rien faire d’autre à part envoyer plus de police, ce qui créerait une augmentation de l’échelle de la violence. Je ne crois pas que ce soit la bonne solution pour qui que ce soit. Théoriquement, ils peuvent utiliser l’article 155 de la Constitution qui permettrait de supprimer l’autonomie de la Catalogne.

Le gouvernement pourrait alors prendre le pouvoir des institutions publiques pour empêcher cette indépendance, mais c’est difficile parce qu’une partie de la population soutient le référendum. Choisir cette option pourrait ramener encore plus de violence et surtout une réponse négative, même de ceux qui ne veulent pas de l’indépendance.

Comment expliquez-vous que le gouvernement espagnol ait réagi avec autant de violence ?

Cette réponse est incompréhensible, d’autant qu’il était évident que cela allait donner encore plus de voix aux indépendantistes – cela donne l’impression qu’ils étaient oppressés. On comprend que le gouvernement a voulu empêcher le référendum, mais ce n’était pas très intelligent. D’un point de vue du droit, le référendum était illégal : le gouvernement aurait donc dû le laisser s’organiser. Le résultat aurait été juridiquement invalide. Beaucoup de Catalans, même parmi ceux qui étaient favorables au référendum, s’étaient opposés à la tenue de cette élection parce qu’elle était illégale d’un point de vue de la Constitution, et que donc elle ne servait à rien.

Selon les sondages, une grande majorité des Catalans est favorable à un référendum validé par l’État et qui se déroulerait dans des conditions légales, pour qu’on puisse connaître la position majoritaire des habitants de cette région. Finalement, si ce qu’ils veulent c’est une plus grande autonomie, autant qu’elle soit obtenue légalement.

Le dialogue est-il totalement rompu entre la Catalogne et Madrid ?

Aujourd’hui, oui. Mariano Rajoy avait pris rendez-vous avec le principal leader de l’opposition et j’imagine qu’il devait aussi parler avec d’autres personnes. Après les violences du 1er octobre, je ne sais pas si le dialogue pourra reprendre. Le problème c’est que pour le moment aucun des deux camps n’est prêt à céder. Si l’État maintient que c’est illégal et inconstitutionnel, et que la Catalogne garde sa ligne de l’ultimatum "soit l’indépendance, soit rien", on ne pourra rien faire.

Quelles conséquences ont eu les répressions de dimanche sur l’opinion publique espagnole ?

Une chose est sûre : s’il y avait déjà beaucoup de personnes en colère en Catalogne, maintenant il y en a plus. Beaucoup d’Espagnols se sont sentis honteux par ce qui s’est passé le 1er octobre. Même s’il était illégal, le référendum était pacifique : répondre par la violence n’avait pas de sens. Après, Mariano Rajoy ne démissionnera pas. Ce n’est pas la première fois qu’il y a des appels à démission en Espagne, et ça n’a jamais d’effet.

À lire -> Des milliers de Catalans manifestent contre l’arrestation de leaders indépendantistes