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Cette plateforme permet aux abstentionnistes de "donner" leur voix à des étrangers vivant en France

Le site Alter-votants met en relation des abstentionnistes et des étrangers n'ayant pas le droit de vote. Pour que tous les résidents français puissent faire entendre leur voix à l'occasion de la présidentielle.

Source Metronews Toulouse / Flickr

© Metronews Toulouse/Flickr/CC

"Vous n'avez pas le droit de vote et souhaitez exprimer votre voix ? Vous avez le droit de vote et souhaitez donner un autre sens à celui-ci ?" C'est par ces questions que commence la description de la plateforme Alter-votants. Ce site propose depuis le mois de janvier dernier de mettre en relation des abstentionnistes et des personnes étrangères vivant en France, mais n'ayant pas le droit de vote. "Pour que toute personne majeure actrice de la société française ait l'opportunité d'exprimer sa voix lors des élections 2017."

Le concept est simple : en se connectant sur le site Alter-votants, les personnes intéressées sont invitées à remplir un questionnaire, dans lequel il leur est demandé leurs coordonnées et s'ils ont ou non le droit de vote. L'équipe du site les contacte ensuite afin de cerner au mieux leurs profils politiques et de les mettre en relation avec une personne qui leur "ressemble". Des binômes sont alors créés. La personne n'ayant pas le droit de vote indique ensuite à l'abstentionniste pour qui elle compte voter. Ce dernier s'engage alors à mettre un bulletin dans l'urne à la place de celui ou celle qui n'a pas le droit de vote. Une forme de procuration détournée, et tout à fait légale, selon les créateurs de la plateforme.

"Je vis en France depuis vingt-six ans, j'ai ma société ici, mes enfants sont nés dans ce pays, je paie des impôts... Mais je ne peux pas voter, déplore Vicky, une femme d'origine britannique de 50 ans, qui s'est inscrite sur le site pour que l'on vote pour elle. J'ai été mise en contact avec une personne abstentionniste qui vit dans le Sud, nous avons échangé par mail et elle votera à ma place le 23 avril prochain. Je suis ravie."

Oriane, elle, a 21 ans. Elle comptait voter blanc. "Je suis tombée sur ce site via les réseaux sociaux, et je me suis dit que je pourrai rendre mon vote utile en m'y inscrivant, explique-t-elle. Ça me désolait un peu de gaspiller un vote, pendant que des personnes qui voudraient voter, ne le peuvent pas." La personne pour laquelle Oriane votera n'est pas loin des idées politiques qu'elle défend. "Si son vote ne me plaisait vraiment pas, j'aurais demandé à être mise en contact avec une autre personne." Depuis qu'elle est inscrite, elle qui ne s'intéressait pas à la question du droit de vote des étrangers se sent maintenant concernée par cette thématique.

Un acte militant

Thomas Berteigne est l'un des trois fondateurs du site Alter-Votants. Comme les autres créateurs de la plateforme, il était déjà engagé dans le milieu associatif et militait en faveur du droit de vote des étrangers. Et même s'il croit fortement à la nécessité de son initiative, Thomas est agréablement surpris par la popularité que connaît son site, à quelques jours du premier tours. "Alter-votants prend une ampleur inattendue. Nous avons actuellement près de 500 personnes inscrites sur la plateforme, alors que nous n'avions que 20 binômes la semaine dernière. Aujourd'hui, il y a en moyenne trois à quatre inscriptions par heure sur le site", explique-t-il.

Bien qu'encouragés par les nombreux témoignages et remerciements qu'Alter-Votants reçoit de la part d'étrangers heureux de pouvoir enfin participer au scrutin présidentiel ("nous recevons beaucoup de messages d'amour pour la France"), Thomas Berteigne et son équipe n'omettent pas de parler des critiques et intimidations venant de la fachosphère dont ils font l'objet. "Mais nous n'avons pas peur", affirme-t-il :

"Nous voulons nous battre pour que la citoyenneté soit détachée de la nationalité. On peut très bien être citoyen français sans avoir la nationalité française."

À lire -> Lettre d'un jeune de 17 ans à ceux qui pourront voter